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Eddy J. Adkins - Mémoires

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MessageSujet: Eddy J. Adkins - Mémoires Lun 22 Aoû - 16:44


Mémoires

« Later's better than never »

J'ai trouvé un coffre rempli de feuilles abîmées, il y a quelques temps. J'aurais pu les brûler pour me chauffer, ou les utiliser pour autre chose, mais j'ai eu l'envie soudaine de raconter ma vie, ce que je ne fais jamais. Ces histoires sont une sorte de défouloir, de journal intime, d'autobiographie, que je n'écris que pour moi-même.

Peut-être que, dans cent ans, quelqu'un les trouvera et honorera ma mémoire ?
© plumyts 2016
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MessageSujet: Re: Eddy J. Adkins - Mémoires Lun 22 Aoû - 16:44




CHAPITRE 1 – EDWARD JAMES ADKINS

J'ai toujours détesté mon nom sous sa forme complète. Ou du moins, mes deux prénoms. Ils proviennent de mon grand-père et de mon arrière grand-père, tous deux paternels. Évidemment. Et tristement, d'ailleurs. J'ai toujours préféré ma famille maternelle. Enfin, préféré, c'est un bien grand mot. Disons que ma famille maternelle était la moins désagréable à supporter.

Edward James Adkins. Tel est le nom que je devrai supporter jusqu'à mon dernier souffle. C'est l'une des idées qui m'est le plus insupportable, d'où ma volonté de changer légèrement mon identité. Je préfère que l'on m'appelle Eddy J. Adkins. C'est plus court, ça sonne bien, bref, c'est mieux, et surtout, c'est moi. Je suis né le 15 Octobre 1869, du mariage arrangé de mon père, William Lawrence Adkins, et de ma mère, Helena Katherine Andrews.

Mon père, MP, ou Member of Parliament et plus précisément de la House of Lords, avait hissé notre famille jusque dans la haute bourgeoisie. En découlaient certains grands avantages : une grande propriété à Southampton, des servants, une voiture avec deux chevaux pur-sangs, et je m'arrête là sinon la liste risque d'être longue. Mais à tout cela, il y avait un inconvénient, et un gros : en tant que fils de parlementaire, je devais moi aussi me destiner à prendre le siège de mon père à Londres.

Ma mère, quant à elle, se contentait d'assister mon père dans ses dossiers lorsqu'il était à la maison, c'est-à-dire deux jours par semaine. Elle avait aussi pour mission de veiller à ce que mon éducation soit assurée par les meilleurs tuteurs de la région : elle fit venir une vingtaine de tuteurs de tout le Hampshire afin de les examiner au cas par cas. Sept d'entre eux furent sélectionnés et se cantonnaient à un domaine attribué : le maintien, la littérature et l'apprentissage de l'Anglais, les mathématiques, la biologie, la philosophie, le catéchisme, et le dessin. Je n'ai jamais d'ailleurs vraiment compris pourquoi il était nécessaire que j'apprenne à dessiner, mais tel était le choix de ma mère, et je devais m'y conformer.

Je commençai à étudier dès le grand âge que sont les trois ans. C'est à ce moment que je dus dire adieu à une certaine tranquillité que je ne retrouverai que bien plus tard. Ma mère exigea que mes cours soient assurés de huit heures du matin à dix-sept heures, tous les jours sauf le Dimanche. Du haut de mes trois pommes, je me souviens que lorsque ma gouvernante venait ouvrir les rideaux, j'essayais encore et toujours de cacher ma tête sous l'oreiller. Elle se mettait alors à hurler qu'il était l'heure pour les enfants d'aller étudier afin de devenir de bonnes personnes, mais je n'ai jamais vraiment cru à son discours. Elle n'avait pas dû étudier beaucoup, vu ce qu'elle est devenue.

Les seuls moments de repos que j'avais étaient les vacances, le soir, et le Dimanche. Le Dimanche, il fallait aller à la messe avec nos plus beaux vêtements, montrer au prêtre que l'on a bien appris le ''Je vous salue Marie'', déjeuner avec la famille et les amis s'il y en avait, jouer dans le jardin, puis, inévitablement, aller se coucher pour se préparer à une nouvelle semaine de torture éducative. Malgré l'impression que j'en donne, le Dimanche, et surtout l'après-midi, me donnaient une grande impression de liberté. Courir dans le jardin et me perdre entre les arbres et autres fontaines me donnaient l'impression de ne plus être à Southampton, mais dans une autre vie, plus libre et avec beaucoup moins de restrictions. Mes rêves d'échappatoire disparaissaient avec le son de la cloche que la gouvernante agitait avec ses gros doigts bourrelés pour me faire comprendre qu'il était l'heure de rentrer.

Tous les soirs, après le dîner, la gouvernante me faisait monter dans ma chambre et me préparait au coucher. Lorsqu'elle était partie et que le bruit de ses pas s'évanouissait, je sortait de mon lit et je rouvrais les rideaux pour regarder les étoiles. Ça m'a valu des tonnes de réprimandes, parce que de temps en temps, je m'endormais devant la fenêtre et la gouvernante me trouvait allongé sur le plancher lorsqu'elle revenait le matin. Mais ce n'est pas elle, ni sa taille d'éléphant, qui pouvaient m'empêcher de rêver.

Je n'ai jamais arrêté.
plumyts 2016
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MessageSujet: Re: Eddy J. Adkins - Mémoires Mar 23 Aoû - 23:05




CHAPITRE 2 – I CAN SEE THE END AS IT BEGINS

''Mère, dois-je vraiment devenir comme Père ? Parlementaire, n'est-ce pas une fonction terriblement difficile ?

- Tu parles pour ne rien dire, Edward. Je t'ai déjà répondu un millier de fois. Maintenant, finis ton travail de littérature, tu aurais dû finir il y a une heure.''

La fierté de mes parents n'était plus. Je commençai à m'opposer à eux lorsque j'atteins l'âge de dix ans. J'avais de quoi : la fonction de parlementaire ne m'attirait pas, loin de là. La politique non plus, d'ailleurs. Je n'avais plus de cours de dessin, mais j'avais à la place des cours d'économie et de sciences politiques. Le tuteur qui dispensait ces cours était l'incarnation de la gouvernante, mais dans un corps masculin : il fallait toujours apprendre plus vite, retenir plus de petits détails, lire plus d'ouvrages sur les auteurs. Il arrivait même à s'arranger avec les autres tuteurs pour qu'il puisse dispenser plus d'heures de cours. Une horreur, je vous dis.

Je ne sais pas si c'est lui, l'économie, les sciences sociales, ou tout simplement la puberté qui ont fait que j'ai commencé à ne plus être aussi obéissant qu'auparavant. Il devait aussi y avoir un peu de la gouvernante. J'arrêtai vite de compter les coups de canne et de martinet qu'elle m'infligeait. Certains soirs, mon dos et la palme de mes mains étaient rouge vifs à en faire pâlir le meilleur boucher du marché de Southampton. Ma mère ne s'opposait pas à ce traitement, elle l'approuvait même, et demandait à ce que soient infligés plus de coups. Pour me ''dresser'', comme elle disait. Ce genre d'éducation n'était pas rare en 1870, je dus m'y plier. Douloureusement.

Les Dimanches devinrent de moins en moins paisibles. Je faisais exprès de mal réciter la prière pendant la messe, ce qui m'attira les foudres de mon tuteur de catéchisme. Lui aussi demanda à ce que la gouvernante me donne des coups. Comme tous les autres, d'ailleurs. Les déjeuners furent eux aussi moins paisibles : je mangeai avec mes doigts et renversai mes verres sur la nappe brodée de ma mère. Nombre de fois, je fus expédié dans ma chambre, non sans échapper aux coups de canne. Mais c'était le prix à payer pour retourner au seul endroit où je me sentais un peu protégé. Même le jardin ne m'était plus tranquille : la gouvernante avait reçu pour ordre de me suivre dans tout le jardin. Elle aussi était une horreur, et je pèse mes mots.

Je réalisai à cette même période que je n'avais pas vraiment d'amis proches. La plupart des autres enfants que je côtoyais étaient des enfants d'autres MPs, à la différence qu'eux ne désobéissaient pas à leurs parents et semblaient avoir intégré l'idée de devoir être leur copie conforme. Je m'ennuyais avec eux. Aucun d'entre eux ne voulait aller dans le jardin sans la gouvernante, ou jouer avec mes chevaux de bois : ils préféraient lire et répéter ce que disaient leurs pères sur la politique du pays.

Je remédiai à ce problème en créant des amis imaginaires, des sortes de fantômes, avec lesquels je passait la plupart des heures pendant lesquelles j'étais enfermé dans ma chambre. Il y en eut beaucoup, mais mon préféré est, et restera toujours Tristan : un garçon de quinze ans dont les parents étaient envoyés aux quatre coins de l'Empire Britannique. Des heures durant, il me racontait comment les Indiens partaient en pèlerinage sur le Gange, les marchés dans les ruelles de Mascate, une expédition dans le grand nord canadien, ou encore le passage du Cap de Bonne-Espérance avec un navire qui frôlait les rochers. Je passai des heures à l'écouter et à m'imaginer comment peut être l'autre bout du monde. Tristement pour moi, Tristan disparaissait à chaque fois que les bruits des pas de la gouvernante résonnaient sur le plancher. Encore une raison pour laquelle je la détestais.

C'est à cette même période que mes parents partirent en croisade. Non pas pour aller découvrir une terre inconnue, ou pour étudier un peuple lointain, rien de tout cela. Plutôt, pour aller me trouver une future femme. Cette idée me répugnait. Je ne savais pas pourquoi, à l'époque. Je suppose que l'idée de devoir me coltiner une fille à longueur de journée, devoir dormir dans le même lit et manger à la même table m’écœurait. Pas que je déteste les filles ou les femmes, loin de là : seule la gouvernante me répugnait. Et ma mère aussi, un peu, pour dire la vérité. Les quelques filles que j'avais rencontrées jusque là m'avaient toutes parues agréables et plaisantes, c'est vrai, mais de là à devoir en avoir une à mes côtés jusqu'à mon dernier souffle ?

Je réfléchis à la question tous les soirs de l'année 1870. À chaque fois, je faillis vomir.
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MessageSujet: Re: Eddy J. Adkins - Mémoires Mer 24 Aoû - 22:31




CHAPITRE 3 – YOUR FACE IS A MESS

Le ruban blanc. Une chose si anodine dans la vie quotidienne. On l'utilise habituellement pour orner un bouquet de fleur, nouer les cheveux d'une jeune demoiselle encore innocente et sur le point de découvrir le monde, ou pour décorer un chemin de table pendant un déjeuner du Dimanche. Mon père envisagea une autre utilisation de ce ruban. Courante à cette époque, mais terriblement ravageuse.

Père réalisa en effet que, mon corps évoluant avec l'âge, je devais être immunisé des pires péchés qui existent sur Terre. L'un d'entre eux, et l'un des plus plaisants, il faut avouer, est le plaisir charnel, vous l'aurez tous deviné. Le 10 Novembre 1970, date à marquer non pas d'une pierre blanche mais bien d'un ruban blanc, il fit percer deux petits trous de chaque côté de mon lit, au niveau de mes hanches. Il ordonna également à la gouvernante de m'attacher les poignets de chaque côté du lit, tous les soirs, au moyen de rubans blancs grâce aux trous nouvellement créés. Ainsi, pendant la nuit, je ne pouvais plus toucher autre chose que le bois de mon lit, tout ceci pour éviter toute tentation de me faire plaisir tout seul. Le tuteur de catéchisme encouragea cette pratique. Je le haïs de toute mon âme.

Cette pratique, aussi cruelle soit-elle, devait donc empêcher les jeunes hommes et jeunes filles de s'adonner aux plaisir corporels, l'un des pires péchés. Elle eut un inconvénient supplémentaire : je ne pouvais plus me lever pour aller regarder les étoiles au milieu de la nuit. Depuis mon lit, je contemplai en larmes les rideaux qui recouvraient les fenêtres, imaginant que derrière, un milliard d'étoiles me regardaient, impuissantes.

Un soir, en Janvier 1871, alors que je tentai de dormir malgré l'inconfort de mes rubans blancs, l'un d'entre eux se dénoua. Le droit. Je savourai cette liberté nouvellement retrouvée, et je me demandai dans le même temps ce que l'expression ''plaisir corporel'' signifiait. Du haut de mes 11 ans, je n'avais aucune idée de ce que cela pouvait signifier. Le corps humain ne procurait-il pas suffisamment de plaisir ? La joie, le rire, le bonheur, ce ne devait pas être cela dont parlait Dieu. Personne ne pouvait demander à ce que ses fidèles soient malheureux. Je réfléchis encore. Je me souvins entendre mon père et le tuteur de catéchisme parler de ''masturbation''. Je me souvins également avoir recherché en secret ce terme dans le dictionnaire, mais la définition ne m'avait pas convaincu. Je déplaçai alors mon poignet libre vers mon entrejambe. Le frottement entre ma main et ma hampe de chair me donna un frisson. Je senti cette hampe grandir sur mon bas-ventre, formant une bosse sous mon pantalon blanc. Je pris peur : j'avais la claire impression d'avoir fait quelque chose de mal, mais quelque chose en moi me poussait à aller plus loin. Je décidai d'écouter ce quelque chose. Je passai la pain plusieurs fois sur cette bosse. Le plaisir s'intensifia à tel point que je décidai de mettre la main sous mon pantalon. Je saisis ma hampe et intensifiait les caresses. Je sentis mon souffle s'intensifier. Je fermai les yeux. Pour la première fois de ma vie, je lâchai prise et quittai le monde réel. Des frissons parcoururent mon corps. Je ne pus retenir un petit cri lorsque quelque chose de chaud enroba ma main.

Les pas de la gouvernante se rapprochaient lentement, signe du matin. Mon poignet droit était toujours libéré. Je l'enfouis sous la couverture et l'emmêlai grossièrement dans le ruban blanc. La gouvernante entra dans ma chambre et alla immédiatement ouvrir les rideaux. Elle se retourna ensuite et se dirigea vers mon lit. J'eus peur qu'elle découvre mon poignet droit libéré du ruban, mais elle concentra ses efforts vers le poignet gauche. Pour ne pas qu'elle découvre que je m'étais involontairement libéré, je lui demandai d'ouvrir la fenêtre. Après un petit temps de surprise et d'hésitation, elle me tourna le dos et alla ouvrir la fenêtre. Pendant qu'elle ouvrit la fenêtre, je me précipitai sur mon poignet droit et prétendis le détacher moi-même.

''Monsieur Edward, avez-vous bien dormi cette nuit ? Vous n'avez pas l'air de vous être reposé, êtes-vous resté éveillé tard ?

- Non madame Smith, j'ai simplement fait un cauchemar. J'ai eu froid, aussi. C'est tout.

Elle parut me croire.

- Bien, alors levez-vous et allez faire votre toilette. Votre tuteur de littérature sera là dans trente minutes, et vous savez qu'il est ponctuel. Je vous fait préparer un bol de lait.

- Oui madame Smith, merci madame Smith.''

Pendant ma toilette, je nettoyai avec soin et rapidité mon bas-ventre. Je sentis quelque chose d'étrange en moi, comme si cette nuit m'avait changé pour le restant de mes jours. Et c'était en effet ce qui s'était passé.

Pour la première fois, ma créature intérieure se réveilla. Elle avait faim.
plumyts 2016


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MessageSujet: Re: Eddy J. Adkins - Mémoires Ven 26 Aoû - 23:21




CHAPITRE 4 – LAST NIGHT, DAMN YOU WERE IN MY DREAMS


La littérature m'a toujours plu. C'est un de mes domaines de prédilection, sans aucun doute. Je pouvais passer des heures assis dans le jardin à lire un roman ou tout autre ouvrage jusqu'à la dernière de couverture. Lire devint mon passe-temps favori, et j'abandonnai bientôt toute exploration du jardin. Je ne fus pas le seul à être ravi de ce changement : la gouvernante pouvait désormais arrêter de me suivre partout dans le jardin, et elle posait les deux pastèques qui lui servent de derrière sur un fauteuil en osier toute la journée.

Charles Dickens, Emily Brontë, Ann Radcliffe, Mary Sheller, Edgar Allan Poe, Herman Melville, aucun n'avait de secrets pour moi. Je m'imaginais en visiteur des Hauts de Hurlevent ou en matelot en quête de Moby Dick. C'était assez stimulant, il faut avouer. Ces pages étaient mon nouveau lieu d'échappatoire : je me perdais entre les lettres, je gravissais les montagnes des chapitres et je partais à la conquête des nombreuses étagères de la bibliothèque familiale. Ma mère me reprocha même de lire trop, mais quels parents pourraient punir leur enfant pour un abus de lecture ?

Je devais être à ma cinquantième expédition, et j'avais terminé l'ascension du Pic de la Littérature Anglaise Classique. Je voulais m'attaquer au Mont de la Littérature Britannique Contemporaine, plus récent, mais je m'égarai dans la bibliothèque. À la place, je trouvai dans un coin un petit coffre en métal noir. À en juger par son état, il était souvent ouvert : l'extérieur était astiqué et aucune toile d'araignée ne l'avait recouvert. Il n'était pas verrouillé : je l'ouvris sans problème. À l'intérieur, plusieurs ouvrages empilés, mais pas des ouvrages classiques ou de la littérature : il n'y avait que des dessins sur les pages. En me rapprochant, je m'aperçus que les dessins n'avaient rien d'habituel : deux personnages, un homme et une femme, étaient représentés dans différentes positions, au corps à corps. Un petit texte accompagnait chaque dessin. J'en lis un parmi tous, et je ne pus m'arrêter : je venais de découvrir un livre de positions sexuelles. Je repartis à l'introduction : ce livre semblait expliquer une ancienne tradition hindou. Je refermai ce livre sans plus tarder.

Un autre livre attira mon attention : un livre noir, assez épais, au fond du coffre. ''Les abominations''. Je l'ouvris, poussé par la curiosité, mais surtout par l'envie de chasser de mon esprit les images du livre hindou. Les plusieurs chapitres montraient les pires créatures et traditions que Dieu ait créées, et expliquait comment les combattre et comment remettre toute personne sur le droit chemin. Je descendis de mes yeux le sommaire. Je connaissais déjà la plupart de ces créatures grâce à mon tuteur de catéchisme : elles étaient citées par la Bible. Toutes, sauf une : les homosexuels. Jamais entendu parler. J'avançai vers le chapitre correspondant : apparemment, certains hommes et certaines femmes auraient des rapports intimes entre eux et provoqueraient le dégoût de Dieu. Je n'étais pas Dieu, certes, mais je ne ressentis pas ce dégoût. Plutôt un intérêt anormal. Il y avait là aussi un dessin : deux hommes, représentés de manière monstrueuse, en plein rapport intime. Je n'eus pas le temps d'en savoir plus.

''Monsieur Edward, où êtes-vous ? Monsieur Edward ? Venez-çà !''

Flûte, encore elle. Je refermai le coffre après avoir refermé les ouvrages, et attrapai un livre au hasard sur une étagère que j'ouvris à une page du milieu.

''Ah ! Vous voilà, Monsieur Edward. Mais vous lisez encore ? Posez ce livre tout de suite et venez avec moi, votre tuteur de philosophie est arrivé.''

Le même soir, alors que j'étais ligoté à mon lit, je repensais à ce que j'avais découvert plus tôt dans l'après-midi. J'essayais d'imaginer deux hommes dans un même lit. Étonnamment, je n'eus pas beaucoup de difficulté. Une pensée vint à moi : j'imaginais Tristan, mon ami imaginaire, et moi, dans le même lit. Au lieu de me dégoûter, cette pensée provoqua en moi une grande sensation de désir. Ma respiration s'intensifia. Je ne pouvais plus enlever cette pensée de ma tête. De toute façon, je ne le voulais pas. Je voulais même qu'elle reste. Au milieu de mon cortex cérébral, j'imaginais Tristan, nu, allongé sur moi, son visage près du mien. Je nous imaginais essayant les positions du livre hindou.

Je tombai dans les abysses du sommeil lorsque quelque chose de chaud se déversa sur mon pubis.
plumyts 2016
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MessageSujet: Re: Eddy J. Adkins - Mémoires Sam 27 Aoû - 20:23




CHAPITRE 5 – GOD'S DEAD, THAT'S ALRIGHT WITH ME


Dieu n'est plus. Ou alors Il m'a abandonné. L'un ou l'autre. De toute façon, ça revient au même. Pourquoi cette pensée si sordide en ces années 1870s, me demanderez-vous ? Parce que j'étais une des créatures qu'Il appelait une ''abomination''.

Je pris quelques semaines pour réaliser, du haut de mes 11 ans, que je n'étais pas comme les autres. Je préférais les hommes, c'était donc pour cette raison que je délaissais les filles que je rencontrais. J'essayais de ne pas précipiter mon jugement, de bien considérer tous les éléments, mais rien n'y fit : je préférais toujours les hommes.

Tristan revint tous les soirs de ce mois de Juin 1871. À chaque fois, la même scène se passait. Je ne pouvais plus faire en sorte que ça se passe autrement, il avait toujours le dessus sur moi. J'essayai de me concentrer sur autre chose avant de dormir, afin de faire d'autres rêves, mais je devais m'avouer vaincu.

Je n'en parlai ni à mes parents, ni à la gouvernante. De toute façon, à celle-là, je ne lui disais rien d'autre que le nécessaire. J'imaginai déjà le pire : être expulsé de la demeure familiale, si Père ne m'avait pas tué avant, ou être interné dans un hôpital pour subir une torture un traitement pour revenir sur le droit chemin. Mais avais-je vraiment envie de revenir sur ce droit chemin ?

Étonnamment, vivre sans Dieu, pourtant le guide de chacun en ce XIX° siècle, ne fût pas difficile. Ce fût même trop facile. Je m'attendais à être totalement désorienté, complètement perdu, mais rien de tout cela : la vie continuait, ni plus ni moins. Le Dieu que nous vénérions n'était-il qu'une plaisanterie, qu'une mascarade destinée à nous faire survivre jusqu'au moment où la mort viendrait nous chercher ?

Vivre sans Dieu m'obligea à faire semblant. Pendant la messe, certes, mais aussi avec le tuteur de catéchisme. Pendant la messe, je ne récitai plus la prière, mais je bougeai les lèvres au rythme de la foule, sans qu'aucun son ne sorte de ma bouche. Et s'il m'arrivait de réciter correctement la prière, ce n'étaient que des paroles creuses, sans conviction, sans rien. Les messes du Dimanches, autrefois si importantes pour moi et ma familles, devinrent une heure d'ennui total pendant laquelle je regardai les vitraux et les sculptures. Une heure dont je voulais me passer à tout prix, mais le devoir familial m'empêcha de me débarrasser de cette inutilité.

Le tuteur de catéchisme dût remarquer que quelque chose avait changé en moi. Lorsqu'il me faisait réciter mes leçons et mes prières, il dût s'apercevoir que toute conviction avait disparu de mon corps. Les coups de bâton de la gouvernante n'y firent rien ; il en demanda une centaine en moins de deux semaines, dont trente en un seul soir. Il n'y eut aucun effet : la foi et la conviction étaient partis encore plus loin, à un endroit où rien ni personne ne pouvaient les faire revenir. Alors, il commença à aborder les ''abominations'', l'Enfer, Satan, les pêchés, je pense dans le but de m'effrayer. Malheureusement pour lui, j'avais déjà intériorisé l'idée d'être une abomination, un rejeton de Dieu, et j'aimais ça. Pour toutefois éviter les coups de bâton, je fis semblant de retrouver un semblant de conviction. La foi sembla revenir dans mon corps, et dans le sien aussi. Les yeux du tuteur retrouvèrent un peu de brillance et il abandonna les chapitres sur les horreurs de la Bible. C'était le prix à payer pour être tranquille. Du moins, pour encore un moment.

Mes rêves se peuplèrent peu à peu d'autres garçons, d'autres hommes. Non contents d'être un échappatoire, mes rêves devinrent également le lieu où j’assouvissais tous mes désirs. Je rêvais de m'enfuir loin de Southampton et de vivre entouré de ces belles créatures aux courbes délicates et au goût si doux. Je rêvais de briser tous les interdits. Je rêvais d'aller contempler à nouveau les étoiles depuis ma fenêtre. Je rêvais de pouvoir m'enfuir dans le jardin sans être traqué par la gouvernante. Je rêvais de ne plus avoir de tuteur ou de messe. Je rêvais d'être libre.

Je rêvais.
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MessageSujet: Re: Eddy J. Adkins - Mémoires Mar 30 Aoû - 1:14




CHAPITRE 6 – WE ARE THE NEW ROMANTICS

Je n'avais jamais prêté attention aux voisins que nous avions auparavant. Il y en eut tellement. En général, ils ne restaient pas plus d'un an. Je me souviens juste d'un couple dont le tour de taille rivalisait avec les chevaux pur-sangs de notre voiture. Ils étaient assez sympathiques, d'ailleurs. Mais comme les autres, ils partirent au bout d'un an.

En Septembre 1873, de nouveaux voisins s'installèrent. Un autre MP, soit un collègue de mon père, sa femme, et leur fils de 15 ans, Willie. Il arrivèrent un jour de beau temps, leur voiture privée suivie par une dizaine de voitures de transport contenant d'innombrables malles et autres objets de valeur. Leur installation prit une bonne semaine, si je me souviens bien.

Père les invita à notre demeure, selon lui afin de faire connaissance et d'élargir mon cercle de connaissance de mon futur environnement de travail. Leur propriété était collée à la nôtre, et pourtant il fallait utiliser une voiture pour se rendre l'un chez l'autre, tant la distance était grande. Il était aussi possible de passer par le jardin, mais ce n'est pas digne d'un MP. Lorsqu'ils entrèrent dans la maison, mon regard fut instantanément attiré par Willie. Un garçon assez grand, au moins un mètre soixante-quinze, des cheveux bruns mi-longs, des yeux bleus azur, et un charme à couper le souffle. Nos regards se croisèrent pour la première fois, et à cet instant, le monde parut disparaître. Il n'y avait plus que ses yeux. Et quels yeux.

Ils restèrent dîner, et les adultes semblaient plongés dans leur discussion. Pendant ce temps, Willie et moi furent envoyés dans ma chambre. Il se distingua tout de suite des autres garçons que j'avais rencontrés auparavant : il ne parlait pas de politique, ni des autres Parlementaires. Il essayait vraiment de créer un lien entre nous deux. Et j'avoue avoir été surpris. Surpris par autant de spontanéité, mais aussi par tant d'unicité. Alors que nous discutions de nos tuteurs respectifs, il changea de sujet :

''Ah ! Je vois que toi aussi, tu as des rubans blancs ! me dit-il avec un mélange de compassion et de moquerie.

- Ne m'en parle pas, ces choses sont une horreur, répondis-je avec désolation.

- Je ne te le fais pas dire, Eddy''.

Eddy. C'était bien comme ça qu'il m'avait appelé. Personne ne m'avait jamais appelé comme ça. C'était le prénom que je me donnais en secret. Et lui m'avait directement appelé comme ça. Je ravalais avec difficulté ma surprise. Il me plaisait bien, ce Willie.

Les jours passèrent. Willie et moi essayions de nous voir une fois par jour, le soir, dans le jardin. La gouvernante ne me suivait plus. Il faut dire qu'avec son corps d'éléphant, elle ne pouvait pas vraiment me suivre lorsque je courrais après les leçons pour aller retrouver Willie dans le jardin. Willie et moi passions des heures à marcher, à s'asseoir dans l'herbe et à regarder les papillons, à discuter, et même à chanter, parfois. Je ne m'étais jamais senti aussi épanoui, aussi libre, qu'avec lui.

Un Dimanche après-midi, vers fin Septembre 1873, Willie et moi étions (encore et toujours) l'un avec l'autre, mais cette fois dans le jardin de sa propriété. J'aimais aller chez lui : j'avais l'impression d'être dans un nouveau monde alors que je n'étais qu'à quelques mètres de chez moi. Il s'allongea dans l'herbe, au milieu d'une petite clairière. Je l'imitai. Le soleil commença à descendre des cieux, mais nous ne faisions que parler encore plus. J'adorai ça : perdre toute notion du temps et d'espace avec lui.

J'avais oublié un détail : le fait que le soleil descende signifie que la température descend avec lui. Et je n'avais aucune veste : juste un simple habit. Je tremblais légèrement, mais j'essayais de le cacher : je ne voulais pas passer pour un oisillon sans défense. Malheureusement pour moi, Willie le remarqua tout de suite. Il me demanda, avec un air faussement innocent, si en effet j'avais froid.

''On ne peut vraiment rien te cacher, hein ?'', répondis-je, vaincu.

Sans me demander mon avis, ni celui de Dieu, il se tourna vers moi et m'attrapa de ses grands bras, et me colla contre lui. Je me retrouvai soudainement la tête collée contre son torse. Et c'est vrai, sa chaleur m'envahit. L'émotion aussi. J'étais comme pétrifié, mais pas de froid, j'étais pétrifié de tant de chaleur. Il sentait bon.

Je fermai les yeux et respirai cet opium. Ma drogue. Mon homme. Mon monde.
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MessageSujet: Re: Eddy J. Adkins - Mémoires Mer 31 Aoû - 0:41




CHAPITRE 7 – THE PARTY...


15 Octobre 1873. Mes 14 ans. Selon Père, un des meilleurs âges qui soit. Selon Mère, l'âge auquel on découvre le monde sous une nouvelle perspective. Et selon moi, une bougie de plus sur un gâteau.

Ce jour-là, un Mercredi, je n'eus aucun cours. Père et Mère s'entendirent pour me laisser cette journée de libre et profiter de ce jour si spécial. La gouvernante vint néanmoins me réveiller à l'heure habituelle. Lorsque je descendis, Mère m'attendais, un grand sourire aux lèvres. J'avais l'impression qu'elle était plus heureuse que moi que ce soit mon anniversaire. Elle m'embrassa, et me livra un trop très long discours sur l'adolescence, l'enfant qui grandit, et patati patata. Je faillis m'endormir. Heureusement, elle partit vite vaquer à ses occupations, et je sortis dans le jardin. Un soleil radieux. Une température encore douce pour un mois d'Octobre. Et Willie qui m'attendait au bout du jardin.

Pour ce jour particulier, j'avais demandé s'il pouvait passer la journée avec moi, n'ayant aucun autre véritable ami. Père transmit ma demande au père de Willie, et il accepta, ce que je trouvais miraculeux. Je le retrouvai tout au bout du jardin, sur le petit pont au-dessus du ruisseau qui départageait nos deux propriétés. Il m'accueillit avec un ''Joyeux anniversaire'', un sourire à tomber par terre et un cadeau, que je m'empressai d'ouvrir : un exemplaire des Hauts de Hurlevent d'Emily Brontë, un de mes romans préférés. Je rougis à en faire pâlir un coquelicot.

Cette journée restera gravée dans ma mémoire comme une des meilleures journées de ma vie. Après s'être baignés dans le ruisseau, avoir mangé des pommes sur l'arbre lui-même, et lu ensemble quelques pages du roman d'Emily Brontë, il fallut rentrer à la maison. Willie resta pour le dîner. Père rentra exceptionnellement de Londres, et Mère fit apporter une grande dinde. Pour la première fois, je goûtai du champagne. Il me fit tourner la tête à en mourir. Le lustre de la salle à manger parut tourner sur lui-même. Après m'être remis, Willie monta avec moi dans ma chambre. Il resterait pour la nuit et repartirait le lendemain matin, et la vie reprendrait son cours.

Une fois installés dans ma chambre, j'ouvris les rideaux de la fenêtre et éteignis toutes les lumières de la chambre. Les étoiles envahirent nos esprits. J'avais l'impression qu'il y avait plus d'étoiles que d'ordinaire, mais peut-être que le champagne altérait ma perception des choses. Tous deux assis devant la fenêtre, il fut un grand moment de silence.

''Alors Eddy, comment ça fait d'avoir 14 ans ?

- Je sais pas trop, dis-je, mais je me sens bien.

- Ah ouais ? On aurait pas dit, tout à l'heure, avec ta mini gorgée de champagne, lança-t-il d'un air moqueur.

- Tu peux parler, répondis-je, piqué au vif, t'es si frileux que t'as mis une heure à venir te baigner ce matin, et t'as aussi failli choper une grippe.

- Rhooo pardon, je voulais pas te vexer.

- C'est pas le cas''.

Si, c'était le cas. Ou alors ça ne l'était pas. Je ne savais pas moi-même. À vrai dire, je ne savais pas quoi penser de lui. Il était évident que nous étions amis, et même très bons amis, mais j'avais l'impression que j'en voulais plus. Ceci dit, étant une ''abomination'', j'étais peut-être amoureux de lui. Et je réalisai à cet instant que c'était la première fois que j'envisageais cette option. Je croyais pourtant que les abominations comme moi n'avaient aucun sentiment ? Et si j'étais réellement amoureux de lui ? Qu'est-ce qu'il se passerait ensuite ? Est-ce que quelqu'un allait le découvrir ? Et si je m'enfuyais ? Et que se passerait-il s'il s'apercevait que j'avais des sentiments à son égard ?

Willie dut remarquer que j'étais en pleine bataille intérieure avec moi-même. Il me fixa un long moment et finit par me demander :

''Hé, tu fais une tête bizarre, t'es sûr que tout va bien ? C'est le champagne qui te fait cet effet-là ? Ou alors c'est moi qui t'es vraiment vexé ?''.

Avant même que je ne commence à répondre, il se tourna vers moi et m'attrapai une main.

''Tu sais, dit-il d'un air inquiet, je ne voulais vraiment pas te vexer. C'est bien la dernière chose que je veuille faire. Tu es un ami exceptionnel, et tu comptes beaucoup pour moi. Je m'en voudrais à mort si je venais à te perdre ou à te mettre à dos. J'adore passer des heures avec toi, et j'ai pas envie que ça s'arrête. Je ne suis arrivé à Southampton que depuis le mois dernier, mais je me plais déjà beaucoup. Alors s'il-te-plaît, dis-moi que rien ni personne ne peut nous séparer.''

Je ne savais pas quoi répondre. Ça ressemblait à une déclaration d'amour, mais aussi à une simple déclaration d'amitié que l'on se fait entre amis. Et puis, comment en venais-je à penser à une déclaration d'amour ? J'eus l'envie soudaine de me jeter sur lui et de lui dire combien je tenais à lui, mais je n'eus pas à le faire. Lui le fit.

Willie se rapprocha de moi, mit son autre main sur ma joue, rapprocha mon visage du sien, et m'embrassa.

Une seconde. Il en parut mille. Lorsque ses lèvres touchèrent les miennes, tout s'arrêta. Les étoiles dans le ciel, le vent dans les feuilles d'arbres, les papillons de nuit dans le jardin, tout s'arrêta. Tout, sauf mon cœur. Il se mit à battre si vite que je crus mourir. Les lèvres de Willie étaient si douces. Plus douces que n'importe quelle chose sur cette planète. Elles avaient un goût sucré et subtil. Il sentait si bon. Cette seconde n'aurait jamais dû être si courte. Je fermai les yeux et répondit à son baiser.

Il y avait bien une fête ce soir. Elle se déroulait là, sous nos yeux. Et quels yeux. Finalement, être un rejeton du Seigneur n'était pas si désagréable.
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MessageSujet: Re: Eddy J. Adkins - Mémoires Mer 31 Aoû - 0:44




CHAPITRE 8 - … AND THE AFTER PARTY

Neuf mois. La période pendant laquelle je fus l'homme le plus heureux de tout le Royaume-Uni. Enfin, l'homme, le garçon, plutôt. Un bonheur pareil n'est pas facile à obtenir. Et pourtant, si facile à détruire.

Le 14 Mai de l'année 1874, je fus réveillé non pas par la gouvernante, mais par mon père. Il entra brusquement, la porte s'écrasa contre le mur. À peine mes rubans détachés, il me pris par les cheveux, m'allongea la tête dans l'oreiller, et m'attacha les mains dans le dos. Je ne pouvais même plus sentir mes doigts. Il me traîna dans la maison et me fit sortir dans le jardin. Il m'emmena dans la partie du jardin où les arbres cachent tout ce qu'il s'y passe. Il me mit contre un tronc d'arbre et rajouta encore deux mètres de cordes pour bien m'assurer que je ne partirais pas.

Père s'éloigna pendant quelques minutes. J'étais seul. Le silence était pesant. Mon père revint, avec Willie, attaché comme moi. Je pouvais voir la peur sur son visage. La douleur aussi. Mon père ne l'attacha pas à un arbre. Il le fit tomber par terre, comme un vulgaire sac de farine.

''Eh bien, on ne s'amuse plus, maintenant, n'est-ce pas ? dit Père, à la fois enragé et jubilant. Monsieur ton professeur de catéchisme m'a informé de ses inquiétudes te concernant, Edward. Il avait peur que Willie te fasse sortir du droit chemin, il m'a montré des preuves que Willie est un monstre. Tu es tombé sous son charme, Edward ! Il t'a séduit afin de satisfaire Satan ! Ce garçon est un envoyé du Diable !

- Père, par pitié, que faites-vous...? Quelle folie vous prend...?''

Ce furent les seules questions que je pus poser. Et elles demeurent toujours sans réponse. Père s'approcha de moi et enfonça un mouchoir dans ma bouche. Il repris :

''Tu ne t'es rendu compte de rien, Edward, mon fils, car Satan a ses manières de faire. Il est subtil. Je ne le serai pas. Tu ne peux pas t'écarter du droit chemin, mon fils ! Tu m'entends ?! hurlait Père devant moi. Monsieur ton professeur de catéchisme m'a montré l'évidence : Willie est un monstre ! Regarde-le ! On croirait même voir les cornes du Diable sortir de son front... !''

Père faisait les cent pas autour de Willie, pétrifié et allongé sur un matelas de feuilles et d'herbe fraîche.

''J'ai cueilli Willie hier soir alors qu'il sortait de notre maison. Je l'ai caché dans la forêt jusqu'à ce matin. Et pendant cette nuit, après avoir traité un soldat de Satan comme il se doit, j'ai réussi à avoir ses aveux ! Il a avoué ! Il a avoué vouloir t'entraîner dans les flammes de l'Enfer ! Tu m'entends, Edward... ? Il veut te détruire !''

Je multipliai les efforts pour me libérer. En vain. La corde était trop serrée. Nous étions emprisonné dans cette forêt.

''Son père ne sait rien de ce que je fais. Mais quand il apprendra que son fils était un envoyé de Satan, il comprendra, j'en suis certain !  Nous devons imposer l'ordre et la paix au nom de Dieu ! Dieu est notre seul sauveur, Il nous amènera la paix et la tranquillité, sois-en certain, mon fils... !''

Il approcha son visage du mien, et murmura :

''Tu guériras, mon fils. Il n'est pas trop tard, pour toi. Pour lui, tout est perdu, mais toi, mon fils, tu guériras.''

Il se retourna vers Willie, toujours allongé. Willie me regarda. Je le regardai aussi. Des larmes coulaient sur nos joues. Je pouvais sentir qu'il me suppliait, qu'il implorait mon aide. Mais je ne pouvais rien faire non plus.

Père récita le Pater Noster. Puis il sortit un pistolet. Et tira sur Willie.
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MessageSujet: Re: Eddy J. Adkins - Mémoires

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Eddy J. Adkins - Mémoires

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