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La Clé Interdite - [Downcry & Mr.Lefèbvre]

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MessageSujet: La Clé Interdite - [Downcry & Mr.Lefèbvre] Ven 12 Déc - 14:17


La Clé Interdite
HARRY & JULES


Deux semaines s'écoulèrent depuis ce dernier jour, où las de toute ersatz d'humanité, j'eus rencontré cet homme. Ou plutôt, tombé sur cet étrangeté. Je l'avais apporté à mon laboratoire, car cela faisait maintenant si longtemps que je n'avais pas réellement travaillé sur un individu. J'ignorai tout du mot expérience réussie depuis que David avait décidé de prendre congé de moi. Comment aurai-je pu lui en vouloir ? N'étant conscient de mes propres actes qu'après avoir perdu toute raison, mess fouets portent encore la trace de son sang. Alors je passai mes journées à chercher, comme  auparavant, en y mettant à chaque fois plus de soupirs que la précédente. Ici et là des victimes tâtaient d'un coup de marteau dans l'occipital. Quelques fois, après que la folie m'eut quitté, j'en soignai une. Tandis que l'autre attendait sur sa table d'opération. Je n'avais en aucun cas défait ses liens, ne voulant être de prise avec un dément plus puissant que prévu. J'utilisai alors, pour l'occasion, la table mouvante. Celle que l'on utilisait pour déporter les cadavres jusqu'à la morgue. Je l'utilisai en lieu et place de table d'opération, la posant juste à côté de la véritable celle-ci. Ce ne fut pas bien compliqué, et ainsi, le squelette humain pouvait se rendre compte qu'il ne fallait pas m'énerver.

En effet, entre expériences ratés et tortures, les hurlements étaient devenus d'ordre commun. Quand je n'étais pas là à errer dans le manoir, laissant l'individu ficelé et pourissant sur sa table, c'était pour détendre ma haine dans les chairs visqueuses d'un être qu'on me forçait à appeler « patient ». Pourquoi n'avais-je utilisé l'Autre ? Pour sa petite trogne, si particulière que j'étais persuadé que nous...que je pourrais en faire quelque chose d'intéressant.Ces yeux exorbités pourraient-ils faire une parfaite coquetterie si je la fusionnai aux iris d'un chat ou bien...que donnerait son sourire si je remplaçai sa machoire par celle d'un lion ? Du fil, une aiguille, rien de plus compliqué ! Mmh...mais ce qui était bien compliqué, c'était effectivement de le garder en vie, jusqu'à attendre un niveau de santé assez bon qui permettrait une telle opération. Si jamais ses bras et jambes étaient liés, sa bouche ne l'était pas. Ne sachant même pas encore quel animal lui confier, j'avais décidé de le laisser parler. Peut-être qu'à travers ses paroles, je réussirai à fendre sa personnalité en une réponse ? Mais tout ce que je récoltai ne fut que des vers incensés, exprimant la déchéance de son être dans l'influence néfaste d'un papillon. Et ça ne cessa plus, encore et encore. Au départ, je ne pus qu'en rire...mais au fur et à mesure, cela m'énerva. Au point d'abuser de ma patience.

Alors ? Comment vont nos papillons aujourd'hui ?

Ce fut d'un rictus désagréable que je refermai la porte du laboratoire derrière moi. Je rentrai d'une longue journée à le chercher...encore une fois. Et à la tristesse s'était succédée une amère expression sur mon visage. Je rangeai la clé parmi mes effets personnels, loin d'où il pouvait voir l'emplacement. M'approchant de lui, il me prit une nouvelle fois l'envie de resserrer les ceintures de cuir sur ses membres. Mais le temps n'était plus à cela. Cette mascarade n'avait que trop durer et il était temps de voir si tu avais la santé nécessaire pour de plus amples...approfondissements. Je pense finalement te donner des ailes de papillons, ce n'est peut-être pas original, mais peut-être finiras-tu par te la fermer en devenant l'un des leurs.





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MessageSujet: Re: La Clé Interdite - [Downcry & Mr.Lefèbvre] Ven 12 Déc - 21:04


La Clé Interdite
HARRY & JULES


Cette fois-ci, lorsque Harry referma derrière lui la porte du laboratoire, son prisonnier dément était prostré dans l'ombre, contre l'un des murs suintants de la pièce. Depuis que le scientifique s'absentait en l'abandonnant à lui-même, et surtout depuis qu'il ne se donnait plus la peine de le maintenir bloqué sur une table d'opération à l'aide de liens qui lui rongeaient la chair jusqu'au sang, Jules avait absolument tout essayé. Tout ce qui était dans ses capacités physiques assez limitées, du moins. Le dément, de constitution solide, récupérait rapidement de ses blessures, mais sa faiblesse restait avérée. Il avait attaqué la porte à coups de poings et de tous les outils qui lui tombaient sous la main. Il était entré dans des crises de fureur à le faire enfermer en chambre capitonnée, surpassant en terme de hurlements les sujets d'expérimentation du savant incapable d'opérer correctement. Il avait été confronté à ces nuées d'insectes qui n'existaient que pour lui et le détruisaient lentement. Si quelqu'un avait été là pour le rassurer, pour le soutenir, pour l'aider – pour lui prodiguer un minimum d'attention, peut-être aurait-il alors pu les combattre. Mais Harry ne faisait rien de cela. Ce jour-là, alors qu'il avait à nouveau quitté le laboratoire – pour aller où, Dieu seul le savait, le papillon, le vrai, l'unique, s'en était à nouveau pris à lui. Il s'était agrippé à son torse, plongeant ses griffes jusqu'à ses côtes, et avait essayé de lui arracher le cœur. Une fois encore. Jules s'était débattu, avait frappé la créature à travers laquelle ses phalanges semblaient passer comme à travers une nappe de brume, avait usé de ses ongles pour arracher les répugnantes pattes de l'insecte de ses poumons, et s'était finalement retrouvé seul, épuisé, tétanisé contre le mur de pierre, les joues et la poitrine également ruisselantes, les premières de larmes de terreur, la deuxième de sang écarlate. Le jeune homme se trouvait toujours dans cette position lorsque le scientifique fit à nouveau son apparition. Le sarcasme le heurta nettement, mais il n'avait plus guère la foi ni la force d'y répondre. Il se contenta de lever vers son geôlier des yeux clairs et humides qui luisaient de mépris, de rancune et de désespoir. Il n'avait pas même l'once du soupçon de volonté nécessaire pour élever la voix. Lorsqu'il l'avait rencontré, Jules avait vu en cet homme l'image de son sauveur. Quelque chose en lui l'avait même singulièrement attiré. Mais à présent, le prisonnier eût préféré que ce Harry Downcry l'eût laissé mourir sur le sol du grenier.





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MessageSujet: Re: La Clé Interdite - [Downcry & Mr.Lefèbvre] Sam 13 Déc - 0:19


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Il me faisait tristement pitié. Une fragilité se discernait pourtant dans toute la folie -loin d'être naissante- du jeune homme. Mais sans m'en attarder plus avant, je fis quelques pas à travers le laboratoire. Non sans avoir juste avant offert une petite friandise à un chaton qui lambinait dans son panier, au dessus de mes hautes étagères. L'endroit n'était plus le luxe de la propreté depuis le départ de mon assistant, et les choses ne faisaient que s'aggraver au fur et à mesure du temps. Mon regard se fit froid, sans volonté...restant dans le vague d'un environnement que je ne voyais plus. Il était là, mais je ne le ressentai plus. Un soupir m'enlaça de sa fraicheur. La fatigue était plus que présente dans le moindre de mes trait, je ne pouvais que trop bien le sentir entre mes doigts qui frottèrent mon visage.

D'un verre d'eau, j'humidifiai une gorge trop sèche. Trop brûlante d'avoir hurler pendant des heures et des heures son nom, jusqu'à ce que ma voix ne fut plus qu'un murmure démembré, qu'un fantôme désincarné. Si seulement je pouvais me passer de sommeil, me passer de cette protection que m'offrait le statut de scientifique -bien que je ne puisse honnêtement le mériter. Oh mais qu'importe ! Mes dents crissèrent sous une colère naissante. Je me souvins de mes premières recherches, après sa première disparition...elles aussi, malgré des mois, n'avaient soldé qu'à de cuisants échecs. Pourquoi tout serait à présent différent ? Mes poings blanchirent sous la pression de mes doigts resserrés. Me serai-je apprêté à enfin utiliser mon hôte comme défouloir ? Toute ce désespoir accumulé durant ces deux semaines sans aucune nouveauté aurait pu le faire penser, non sans raison.

Mais à l'instant où je me retournai vers le dément, une masse retomba sur ma tête, me faisant pencher en avant. Manquant de tomber sous la surprise, je parvins pourtant à me redresser et mit main au coupable. L'adorable chaton me martelait la peau de ses petites pattes où n'avait encore naquis des griffes. Ma colère tomba soudainement comme neige après le sommeil. Comment ne pas fondre pour une créature telle que celle-ci ? Cette candeur dans le regard, il n'était encore qu'un enfant. D'un miaulement, il ne cessait de bouger entre mes bras, de sorte que j'eus des difficultés à comprendre ce qu'il voulait me dire. Une de ses oreilles était tourné en direction de Jules et semblait refuser de s'en défaire.

Qu'est-ce qu'il se passe, Lufu ? Tu veux le voir ?

Cette soudaine attention m'obligea à glisser un regard vers la cible en question. Seulement, ce fut en croisant celui de Jules qu'Harry déchiffra soudainement toute la douleur de celui-ci. Ce n'était pas la première fois qu'il voyait cet air. Et ce ne serait pas certainement la dernière fois. Mais cette fois-ci, entre la fatigue, sa colère avortée et la douceur inattendue que le chaton lui avait procuré...cette fois-ci, il était las de tout ça. Sa journée avait été soldé par une terrible déception de plus, celle de s'être encore une fois senti abandonné et seul. Cruellement seul, autant en sa chair que dans les tréfonds de son cœur. Comment toutes les jours depuis peut-être un mois maintenant, il avait été obligé de passer devant le laboratoire où, il le savait, David avait pris refuge avec son propre grand frère, Esther...

…tout se prit de court dans son esprit, et avant même qu'il ne s'en rendit compte, il s'approchait déjà de Jules. Le petit chaton dans les bras miaulant dans sa direction. Etait-ce une bonne idée de laisser un tel animal entre les bras d'un dément ? Certains pourraient parler d'une ronronthérapie. Personnellement, j'aurai appelé cela du suicide. Mais lorsqu'Harry s'agenouilla devant Jules, il tenta de faire taire le sarcasme dans sa voix et fit avec toute la lassitude dont il était capable

Ecoute. Ce n'est pas vraiment le moment de jouer à ce petit jeu. Le silence ne t'apportera rien. Tiens, regarde...Lufu m'a dit qu'il voulait te rencontrer ? N'est-ce pas une bonne raison de sourire un peu ?






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MessageSujet: Re: La Clé Interdite - [Downcry & Mr.Lefèbvre] Sam 13 Déc - 7:08


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Quel petit jeu ? Ce n'était pas un jeu.

Jules détourna le regard lorsque Harry s'agenouilla près de lui. Il entrouvrit les lèvres comme pour répliquer aux imprécations de son geôlier, mais il était, à ce moment-là, bien trop confus pour s'exprimer par des mots. Il se contenta alors de tendre timidement la main – une main aux phalanges couvertes de sang à-demi séché – vers la créature que le scientifique maintenait entre ses bras. Un chat. Ses doigts effleurèrent la fourrure douce et chaude derrière les oreilles de l'animal, puis son dos, poussant même l'audace jusqu'à lui caresser les flancs. Le félin semblant manifester une certaine méfiance face à ce dernier contact, Jules approcha sa main de son museau, et le chat se mit à renifler cette présence étrangère. Après ce qui semblait un temps de réflexion, il extirpa même d'entre ses mâchoires acérées une petite langue rose et se mit à lécher, avec ce qui semblait être une certaine retenue, le fluide écarlate répandu sur l'épiderme du dément. Ce dernier – comme Harry, même s'il ne s'en rendait pas compte – retirait un soulagement indéniable de la présence de la petite créature. Douce. Chaude. A l'opposé complet du reste de ce laboratoire où il se retrouvait contraint de passer ses jours, dans le froid, l'humidité, et sans personne pour l'aider à maintenir son équilibre mental déjà instable en temps normal. Ce chat était un miracle. Grâce à lui, son cœur lui faisait un peu moins mal.

Il osa relever les yeux vers le scientifique. Ce dernier n'avait pas l'ai, lui non plus, dans une forme éblouissante. Jules n'avait pas la moindre idée de ce à quoi l'homme occupait son existence lorsqu'il quittait son laboratoire, mais au vu de l'état dans lequel il rentrait chaque fois, le dément lui-même pouvait conclure que ce à quoi il s'adonnait était probablement destructeur. Et, pour cela, il le laissait seul dans cette prison de malheur. Il passa à nouveau une main – un peu moins ensanglantée – dans la fourrure dorsale du félin. Il n'avait pas le droit. Il n'avait pas le droit de l'abandonner comme cela. Pas alors qu'il avait à ce point besoin de lui.

Jules força ses lèvres à esquisser un sourire – assez peu convaincant, pour être parfaitement honnête, ce qui causa en lui plus de tension et de confusion nerveuse qu'il ne l'aurait jamais pensé. De fait, lorsqu'il accrocha de son regard fatigué les iris non moins las de son geôlier et qu'il lui murmura un remerciement, ce n'est à grand-peine qu'il ne fondit pas en larmes.






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MessageSujet: Re: La Clé Interdite - [Downcry & Mr.Lefèbvre] Sam 13 Déc - 13:36


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Cette proximité qu'un seul petit chaton avait réussi à instaurer de par sa simple gentillesse. Fallait-il crier à l'exploit ou tout bonnement s'émouvoir ? Je n'en savais rien et qu'importe. Lufu léchouilla avec tendresse les doigts du dément, que je pus voir couvert de sang. Mon regard se fronça l'espace d'une seconde. Etait-ce l'idée de cette prétendue menace du papillon qui l'avait fait se meurtrir ainsi ? Certainement. Il ne fallait pas attendre grand chose des déments...même s'ils étaient au final les êtres les plus passionnants de ce manoir. En face de moi, j'avais un miroir... un être qui semblait tout aussi brisé que moi de l'intérieur. Quel importance que son échappatoire dans la folie soit un papillon...c'était toujours beaucoup plus sain que ce que je pouvais moi-même faire dans mes sombres dérives. Soupirant doucement, je rencontrai son regard et n'y vis plus aucun mépris. Plus rien en tout cas de ce que je pouvais détecter. Pourquoi arrivai-je si facilement à comprendre les voix animales, sans pouvoir en faire autant avec les êtres de mon espèce ?

Un remerciement. Plus doux encore que le souffle d'un chiot dans le cou. Ce premier mot qui je capturai à mon oreille m'arracha un sourire. Du moins la chose qui s'en ressemblait le plus. Lui aussi. Un bien-être soudain s'empara du moindre de mes mouvements, et n'en pouvant plus de rester agenouillé, je m'assis devant lui. Toujours entre mes mains, Lufu gigotait à n'en plus pouvoir, réclamant liberté de mon emprise. Le relâchant donc entre nous deux, le petit animal se mit à se frotter contre les jambes de Jules. Le tout en ronronnant de sa plus belle mélodie. Que pouvais-je faire à présent ? M'en redresser et me reposer, avec le sentiment d'un devoir accompli ? Et pour quel intérêt, me retrouver une nouvelle fois seul dans un lit devenu glacé ? Il en était hors de question, ce n'était même pas la peine d'y penser. Plusieurs minutes de silence s'écoulèrent, uniquement ponctués par le chant du chat.

Il a l'air de beaucoup t'aimer...

Harry jeta ensuite un regard à la main ensanglanté de Jules et son regard se changea en inquiétude. Il n'appréciait pas l'auto-mutilation, et bien que lui-même s'en soit que trop friand pour son propre esprit mourrant, il ne supportait pas que le corps puisse en faire les frais. Chose intéressante pour quelqu'un qui prônait une certaine violence dans l'intimité. Mais ceci n'avait rien à voir, il ne s'agissait pas de plaisir, mais d'appel au secours. Se relevant donc, il partit à une étagère, laissant Lufu aux bons soins de Jules. Harry savait qu'il ne lui ferait aucun mal...ne pouvant l'expliquer. Il le ressentait, c'est tout. Revenant avec un bandage et du coton, il se rassit en face du dément, à sa place première. Le chaton jouait toujours aléatoirement avec Jules. Etait-il à présent sur ses genoux, dans ses bras, sur sa tête ? Etait-il passé sous ses genoux, ou continuait-il de se frotter à ses jambes ? Son cou ou ses épaules ? Harry ne s'en inquiéta pas, et oublia pendant quelques secondes tout ce qui pouvait l'accabler en son cœur pour prendre la main la plus ensanglanté de Jules.

Où est-ce que tu t'es fait mal.. ?






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MessageSujet: Re: La Clé Interdite - [Downcry & Mr.Lefèbvre] Ven 26 Déc - 21:42


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Le chaton s'était blotti contre le ventre de Jules, les flancs bien calés entre le corps du dément et ses cuisses légèrement repliées. Le jeune français le caressait sans réellement y penser, son regard gris fixé sur le néant, les yeux braqués sur les pans obscurs du laboratoire sans vraiment rien voir. Le chat ronronnait, le scientifique fit un commentaire auquel le blessé ne crut pas avoir à répondre. Il appréciait le silence. C'était encore ce qu'il y avait de mieux – il n'avait jamais pu avoir une conversation agréable avec son geôlier. Celui-ci se releva d'ailleurs, s'éloignant en direction des étagères. Le maigre sourire que Jules était parvenu à étirer sur ses lèvres s'étiola. Voilà. C'était immuable – il l'abandonnait là. Il le laissait toujours seul. Un jour, se disait le blondinet, les insectes le dévoreraient et personne ne le retrouverait. Ils ne laisserait que des miettes invisibles de sa chair et de ses os et personne ne l'aurait défendu et personne ne l'aurait aimé et personne ne le regretterait.

Et pourtant.
Et pourtant, il revint.
Il revint et saisit sa main couverte de sang.

« Où est-ce que tu t'es fait mal... ? »

Jules ne répondit pas. Pas verbalement, du moins. Il commença par lever un regard étrange, chargé d'émotions mêlées, indiscernables et contradictoires sur l'homme dont il avait été constitué prisonnier. Il serra sa main glacée contre celle du scientifique, sans trouver dans ce contact physique la chaleur réconfortante dont il aurait eu besoin, mais refusant de se résoudre à la lâcher pour autant. Ses ongles, au bout de ses phalanges crispées, s'enfonçaient légèrement dans la peau du vétérinaire qui se prenait pour un médecin et y imprimaient de discrets creux en demi-lune. De sa main libre, il cessa de caresser le chaton qui se redressa, s'étira en courbant l'échine et descendit des reins du dément pour se frotter aux chevilles de son propriétaire. Jules défit alors avec une adresse toute relative le col de sa chemise pour offrir aux yeux d'Harry sa poitrine marquée de profondes marques d'ongles et de multiples entailles. Celles-ci n'étaient guère profondes – la plupart ne saignaient même plus, ce n'était donc rien de grave – mais leur nombre, leur étendue et l'acharnement visible avec lequel elles avaient été imprimées dans la chair pâle du dément en faisaient une vision plutôt dérangeante.






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MessageSujet: Re: La Clé Interdite - [Downcry & Mr.Lefèbvre] Ven 2 Jan - 20:07


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Toujours cet abominable silence. Rompu par les seuls miaulements du chat. Uniquement par eux. J'aurai très bien pu être un fou, parlant à un ami imaginaire que cela aurait été de meme chose. J'observe attentivement son regard, essayant de me montrer d'une gentilesse auquelle je n'avais que peu habitude. Il me montre fébrilement les marques sanglantes. Je devine les attraits de l'ongle, il s'agit de la seule arme qui puisse faire de pareilles traces. Je le sais bien je le sais. Ce silence me tue. Ne suis-je donc pas assez bien pour qu'il s'exprime ? Sa folie lui a-t-elle arraché la langue ? Peut-être se l'ait-il bouffé lui-même ? Cela ne m'étonnerait pas. Ses marquages ne me firent ni chaud ni froid, je les regardais avec un air vague, perdant toute émotion. Un taré de plus qui souffrait en sa chair et sur sa chair. N'importe.

J'ai envie de le brusquer pour qu'il me réponde, qu'il me dise quelque chose qui me fasse comprendre que je ne suis pas seul dans cette pièce. Que le froid qui m'ankylose n'est pas le simple résultat de mon cœur qui se meure dans sa propre violence. Le prendre par les épaules et le secouer. Putain dis moi que je ne suis pas seul. Si tu es en face de moi, capable d'un peu plus de neurones que tous les chiens de ce triste monde, dis-moi que je ne suis pas seul. J'aimerai le secouer, le déraciner de son aveuglement. Lui arracher des orbites les papillons qui prennent forme dans ses iris. Toujours la même rengaine qui jamais ne s'efface. Puis-je m'estimer moins fou que lui das la mesure où rien de surnaturel ne vient détruire mon corps ? Des papillons...N'importe.

Tes blessures ne saignent pas assez pour que je m'en occupe. Les couvrir ne feraient que faire pourir la plaie.

Me redressant pour ranger le sparadrap sur la table non loin, je m'étire en douceur. Craque mes doigts, mes os dont je n'ai plus conscience. J'ouvre la bouche, rien ne sors. Il n'y a que les miaulements de ce chat qui lentement s'effrite et tombe dans l'oubli de mes propres oreilles. J'ai froid. De l'extérieur et de l'intérieur. J'en viendrais même à gifler le premier qui viendrait de ses bras me réchauffer. Me mordre de sa chaleur. Jusqu'à en défaire ma peau. Le petit chaton, il me rappelle Felicia. Cette petite chatte que j'avais élevé avec Felix, à notre retour de France. Avant que celui-ci ne disparaisse encore. Qu'il me laisse avec la glace, je répondais. Du vent, de l'ombre. Je jette un coup d'oeil au pauvre être qui toujours silencieux me regarde, regarde le chat, qui part. A-t-il fait son devoir ? Non, il a faim. Il va manger. Simple. Pile ce qu'on attendrait de lui. J'ai froid. N'importe. Tout le monde s'en fout. Lui – il s'en fout – Oui.

Est-ce que tu vas finir par me parler ?!

Mais sa parole n'est peut-être pas gage de réalité. Mes extrêmités deviennent glacées. Mon corps est couvert de courbature. Mon cœur me brûle mais il n'est pas assez souffrant pour me réchauffer. Peut-être même qu'il me fait encore plus mal. Mais parle-moi bon sang, parle moi parole de sourd. Je n'en veux plus de ce silence, je n'en veux plus de cette solitude qui n'est pas une solution, je veux mon Felix, mais plus encore, je ne veux plus avoir mal. Je m'approche de ce tabouret, inutile, comme mon cœur. Je brûle, je brûle, je brûle de froid et je hurle en silence sans que personne jamais ne m'entende. Il y a des choses sur ce tabouret. Divers instruments en fer blanc. Des scalpels sans doute. N'importe. J'envoie tout valser d'un coup de pied, transposant ma douleur dans cette force d'une simple violence.

MAIS PARLE-MOI ! EST-CE QUE TU EXISTES AU MOINS ?!

Deviendrai-je fou ?






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MessageSujet: Re: La Clé Interdite - [Downcry & Mr.Lefèbvre] Dim 18 Jan - 15:02


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Les gens effrayaient rarement Jules. Il avait peine à se faire comprendre d'eux et personne ne l'acceptait vraiment, c'était là un fait reconnu, mais jamais ils ne lui faisaient réellement peur. Harry Downcry, sur ce point – comme sur beaucoup d'autres – était un être particulier. Très particulier. Si singulier que, lorsqu'il déguisa sous une interrogation exaspérée l'ordre immédiat adressé à Jules de s'exprimer à voix haute, celui-ci marqua un temps avant de réagir. Un temps de latence, un temps de paralysie, quelques secondes à peine, durant lesquelles il ne put qu'accrocher son regard à la silhouette de son geôlier plus ou moins protecteur, presque tétanisé par l'aura que dégageait ce dernier – une harmonie discordante de tension, de violence, d'animalité et de souffrance. Le dément n'était évidemment pas en mesure d'intellectualiser ce qu'il percevait, pas capable d'internaliser ses sensations, mais il savait, il sentait que cet homme était en complet déséquilibre, et cela le perturbait au plus au point. Peut-être même en arrivait-il à éprouver une pointe de réelle crainte. Quoi qu'il en fût, Jules n'avait pas même encore songé à élever la voix que le scientifique brisa la coque de sa souffrance muette qui se transmua en un éclat de violence physique. Le tabouret valsa sous le choc provoqué par le vétérinaire, des outils métalliques, instruments médicaux, vinrent tinter froidement sur le sol avant d'être oblitérés par l'esprit de Jules. Ce dernier se crispa violemment, les ongles plantés dans la pierre sale sur laquelle il était assis. La douleur de cet homme, la douleur générale qui régnait dans cette pièce, c'était insupportable. Cela le rendait dingue.

Le scientifique hurla encore. Le duvet blond qui couvrait les bras écorchés de Jules se hérissa comme la fourrure d'un animal. Il fallait qu'il se taise, qu'il se taise, qu'il se taise. C'était intolérable. Mû par une sorte de tension plutôt que par une quelconque énergie, le dément aux yeux gris se redressa brusquement en prenant appui sur le mur et avança d'une démarche rendue guindée par sa boiterie insistante – sa cheville ne s'étant apparemment pas encore remise du choc qui l'avait précipité du haut du toit – jusqu'à ne plus se trouver qu'à quelques petites dizaines de centimètres du scientifique. Là, le frère de Rose finit par parler. Employer des mots. Tâchant d'exprimer des choses qu'il ressentait sans comprendre. Il enserra de ses mains les épaules de son vis-à-vis, percevant la froideur inquiétante de sa peau à travers le vêtement.

« Arrête. S'il te plaît. Arrête. J'existe et je suis là, fais ce que tu veux mais ne... Arrête de... »

Le verbiage confus de Jules s'arrêta là, et dans ses yeux se mit à briller la détresse de l'impossibilité de dire ce qui n'aurait pas dû passer par des mots. Il aurait voulu lui dire d'arrêter de se faire mal. De traîner avec lui cette souffrance plus lourde que lui. Jules aurait voulu faire disparaître cette douleur intolérable. Alors, à défaut de meilleure perspective, il se rapprocha encore un peu de Harry et enserra ses épaules de ses propres bras. Il aurait voulu faire disparaître le froid et la douleur. Les faire fondre sous le feu du peu de chaleur que possédait son propre corps.





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MessageSujet: Re: La Clé Interdite - [Downcry & Mr.Lefèbvre] Mar 3 Fév - 10:48


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Cette douleur, encore et encore. Présente jusqu'au profond de ses entrailles. Elle refuse de s'enfuir. Je craque. Me transcendant au final bien plus que les plus longs coups de couteau que j'ai pu donner sur ces victimes harrassantes. Le souvenir de leur hurlement soignait les miens. Non. Pas de soin. Il ne faisait aucun bien à mon cœur brisé. Ce n'était que l'arrière goût de la vengeance. Celle qui n'existe pas, celle que l'on ne croit pas. Même si on l'espère. Oh oui que l'on espère. Du plus loin, du plus sombre de tout ce qui peut se faire. L'esprit même s'il se perd il reste. Il meure, même s'il reste. Simplement, mon cerveau s'éteint de l'intérieur et mes yeux écarquillés s'explosent en sang, les veines exigues se dansent. La psychopatie souffrante s'insinue littéralement dans les membres de son cerveau, dans ses nerfs. Je veux partir, je veux m'enfuir d'ici. Essayer d'oublier. De ne plus jamais me souvenir de toute cette horreur. Ce cœur froid qui est le mien, ce cœur qui meure lentement dans sa solitude froide. Laissez-moi...

Mes yeux se ferment sur ma propre douleur, me renfermant dans le noir. Dans cet obscurité qui m'étreint sans liens, sans chaleur. Je regarde sans vraiment voir, je m'oublie dans la violence. J'estime sans comprendre et j'analyse sans réfléchir. J'avais longtemps cru que personne ne voudrait jamais de moi. Jamais je n'aurai pu avoir si juste croyance.

Mais il vient jusqu'à moi. Je le sens. Même si je ne comprends pas pourquoi. Ses pas sont irréguliers, ses blessures sont fortes. Comment s'appelle-t-il déjà ? Est-ce que je le sais seulement ? Il s'approche et ses bras je les sens. Autour de mes épaules, de mon cœur. Du moins essaye-t-il. Mais ce jeune blondinet essaye bien. Son contact me crispe pourtant sur le champs. Je cesse de me mouvoir dans tous les sens, mon regard s'ouvre mais ne voit toujours rien. Un soupir s'éloigne de ma bouche. Ses paroles me rassurent. Il est . Avec moi. Qu'est-ce que je pourrai demander de plus ? Tous se sont enfuis si loin de moi. Souvent par ma faute. Toujours par ma faute. Emily. Felix. David. Tous. Qu'est-ce qui pourra être différent avec lui ? Absolument rien. Peut-être qu'il partira à son tour, je ne sais pas. Mais je...j'ai besoin de sa présence oui...il est avec moi, il existe. Je ne veux pas lui faire de mal. Toi, toi je ne te blesserai pas. Je ferai tout pour. Pour tout oublier. Finalement, je le serre dans mes bras, très longtemps. Aucune autre envie. Juste qu'il soit là. Avec moi. Une présence. Je revis. Plusieurs minutes encore après je murmurai :

Merci...






And I suppose in the end, they break my heart. All of us, no one is eternal. They love breaking me.
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MessageSujet: Re: La Clé Interdite - [Downcry & Mr.Lefèbvre] Mer 4 Mar - 14:04


la clé interdite




Jules était la proie de sentiments et de sensations si contradictoires qu'il en avait presque le vertige. Déjà, cet homme qui lui rendait son étreinte le terrifiait – parce qu'il souffrait et qu'il faisait souffrir. Parce qu'il était celui qui l'enfermait dans ce laboratoire odieux, au milieu des patients et des odeurs de larmes et de sang. Et, pour cela, il le haïssait. Pour cela, et parce qu'il ne comprenait pas. Ne comprenait pas la menace réelle que constituait le Papillon et les siens. Il riait et le laissait se vider de son sang sur le sol froid. Mais cela n'avait guère d'importance. Jules l'aimait. Jules aimait ce bloc de haine et de douleur ambulant qui, malgré tout, l'avait sauvé d'une chute à-demi létale et, il fallait bien le remarquer, épargnait bien plus son corps encore convalescent que ceux de biens de ses patients. Cela n'avait pas de sens mais le blondinet l'aimait. Et il le serrait contre lui comme s'il en allait de sa survie.

Physiquement, les choses n'étaient pas simples non plus. Sentir un autre corps humain contre le sien était... Quelque chose de presque indescriptible dans l'esprit du dément. Une sorte de bonheur presque animal, qui n'admettait pas de raisons particulières. Au-delà de cela, Jules sentait le partage de chaleur s'établir entre leurs deux enveloppes charnelles, et cela était... bien. C'était bien. Malgré cela, le contact avec Harry était toujours glacial – à se demander si du sang circulait encore à l'intérieur du corps du scientifique. Et la station debout était difficile à maintenir pour Jules, qui transférait une partie de son poids sur son geôlier afin de garder un certain équilibre sur ses deux pieds. Et ses côtes étant toujours excessivement fragiles, en plus de ne pas être totalement réparées, cette étreinte était aussi abominablement douloureuse. Comme s'il était retourné ramper sur le plancher du grenier – l'adrénaline aidant, la sensation n'avait pas dû se révéler très différente. Mais Jules ne déserra pas ses bras passés autour de la poitrine du docteur Downcry. Il se contenta d'agripper les épaules d'Harry et de chuchoter d'une voix rendue rauque par la souffrance :

« Je ne vous laisserais pas repartir, docteur. J'en ai assez. Ne me laissez pas seul ici. Je vous... »

Et sa voix s'étrangla alors que ses poumons décidaient qu'ils cessaient d'effectuer leur travail tant que Jules ne ménagerait pas un peu plus sa cage thoracique – en se taisant, notamment.




©BOOGYLOU.

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