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Herzeleid. [Fini.]

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MessageSujet: Herzeleid. [Fini.] Lun 1 Sep - 18:34


Herzeleid.

Après s’être fait jeté par terre, il entendit la porte du laboratoire d’Harry se fermait silencieusement. Il se traina jusqu’au mur opposé de la salle et s’appuya, se mordant la lèvre inférieure. Il pensa d’abord à ce que lui avait dit David. Qu’Harry avait tué Emma et avait empoisonné plusieurs fois Amy. Il s’était fait trahir et abuser par le supérieur. Puis rejeter par l’assistant. Et maintenant, il souffrait aussi bien mentalement que physiquement. Mais il fallait qu’il oublie sa peine pour l’instant. Le chirurgien avait bien dit que le scalpel ne le tuerait pas rapidement. Mais en y repensant, son épouse et sa fille étaient mortes désormais. Il n’était plus que le dernier représentant vivant de sa famille. Ce n’était pas une fierté non. C’était plutôt une punition, un châtiment. Il avait survécu à toute sa famille, se retrouvant parfaitement seul. Sans aucun espoir de bonheur et de retrouver les siens. Sauf dans la mort. L’idée de se laisser mourir ici était tentante. C’est pourquoi il ne bougea finalement pas. Il regarda plutôt sa cuisse en sang. Il repensa une nouvelle fois au fait que l’hémorragie ne lui serait pas fatale. Son heure ne semblait pas être encore venue… Il fallait cependant qu’il enlève ce scalpel qui lui provoquait une douleur atroce au fur et à mesure qu’il lui déchirait les tissus musculaires. Mais il y avait trop de sang et il ne parvenait pas tellement à voir où se trouvait le bout du manche. Il essaya de l’extraire avec des deux doigts une fois qu’il le vit mais la douleur s’intensifia. Il préféra le laisser là où il était pour le moment, n’ayant pas les compétences en médecine nécessaires pour ce genre d’opération. Il fallait qu’il trouve de l’aide. Il regarda autour de lui et ses yeux se posèrent sur la porte du laboratoire d’Harry. Non, il ne pouvait pas y aller. Pris d’un profond désespoir et d’une grande détresse, il sentit les larmes lui monter aux yeux et il se mordit le poing. Il était seul. Affreusement seul et complètement seul.

Le visage de la scientifique rousse lui vint en mémoire. Elle avait peut-être ouvert deux fois mais elle lui avait sauvé la vie au lieu de le laisser mourir comme l’expérience ratée qu’il était. Enfin bref, elle était bien la seule Scientifique qu’il connaissait. Était-elle la seule personne vivante à ne pas lui vouloir de mal ? Il en doutait fortement. Après tout, il avait été son cobaye. Mais… quelque chose lui disait qu’il pouvait lui faire confiance. Il fallait juste retrouver le chemin de son laboratoire. Il tenta donc de se lever et fit quelques pas qui lui coûtèrent un effort surhumain. Sa tête lui tourna bientôt affreusement. Il chercha un cachot pour s’y cacher et s’effondra sur le matelas poussiéreux. Il n’avait pas encore récupéré tout le sang de la dernière opération de Kathleen qui remontait à plusieurs heures. Mais cette nouvelle perte était inacceptable pour son corps éreinté. Il ferma donc les yeux et sombra.

Il se releva en sursaut quelques heures plus tard, complètement désorienté. Il n’avait aucune idée de combien de temps précisément il avait dormi mais l’hémorragie s’était arrêtée. Cependant, en voulant se relever, il rouvrit la plaie quand le scalpel bougea dans sa cuisse. Il poussa un grognement de douleur et sortit du cachot, commençant à regarder tout autour de lui. Que voulait-il faire déjà ? Ah oui, la Scientifique. Il tourna plusieurs minutes dans les cachots, cherchant le laboratoire de la rouquine, traînant sa jambe droite derrière lui. Il ne sut vraiment où est-ce qu’il se dirigeait. Tout se ressemblait ici. Mais il fallait qu’il trouve. Et rapidement. Il grinça des dents en ne reconnaissant rien. Ou plutôt tout. Il n’avait aucune idée de là où il se trouvait exactement. Il soupira avant de recommencer à vagabonder en boitant dans les couloirs. Tinky vint alors se poser sur son épaule et il le regarda avec un sourire. « Tu vois la porte là-bas ? C’est celle-là. Allez, tu as presque réussi. » Pour une fois que Tinky s’avérait utile… Enfin, il espérait grandement que ce soit le cas. Il se traina encore quelques mètres avant de laisser tomber plusieurs fois son poing sur la porte. Il avait besoin de repos, nullement besoin d’être un docteur pour comprendre ça. Il n’avait pas assez de sang dans le corps et il s’agitait beaucoup trop. Pas étonnant qu’il menaçait de faire des malaises à répétition. Il essaya de se concentrer pour arrêter de faire tourner sa tête et tenta de regrouper les derniers esprits qui lui restaient pour dire de la voix la plus forte qu’il put :

- S’il vous plaît… Ouvrez-moi…

Sa vue se brouilla soudainement et ses oreilles sonnèrent si bien qu’il fut incapable d’estimer si la porte avait été ouverte. Alors qu’il luttait pour conserver son équilibre, c’est en se balançant d’avant en arrière qu’il tenta le tout pour le tout et murmura :

- Ma cuisse… S’il vous plaît… Enlevez-le… le scalpel…

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Dernière édition par Felix J. Adler le Mar 24 Fév - 9:25, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Herzeleid. [Fini.] Dim 19 Oct - 23:12


Herzeleid.



Il arrivait à Kathleen d'abandonner pour quelque temps ses recherches et de s'abandonner au sommeil. Rarement, mais cela arrivait. Il venait des heures sombres où des cernes bleuâtres tiraillaient la peau délicate de ses paupières, où le spectre de la fatigue lui faisait fermer les yeux quelques secondes, tandis qu'elle se tenait penchée sur l'un de ses carnets désordonnés. En traînant les pieds, la jeune femme dirigeait ses pas vers la petite chambre qu'elle s'était sommairement aménagée dans un coin de la salle de recherche. En ce soir d'été – ou d'automne, qu'importait – une saison qui, à ses yeux, n'existait même plus, recluse comme elle l'était entre les murs du manoir de Rockwood –, ses jambes la portèrent aux abords du lit étroit aux draps d'étoffe grossière qui lui servait de couchage pour quelques heures lorsque ses forces l'abandonnaient et que ses gestes se faisaient trop imprécis, trop abrutis de fatigue pour travailler sur quoi que ce soit de manière cohérente. Elle s'endormit rapidement. Rapide et efficace, tel était son sommeil. Mais celui-ci ne laissait pas pour autant d'être excessivement léger, et les faibles coups frappés contre le panneau de bois qui marquait l'entrée de son laboratoire lui firent en un instant rouvrir les yeux dans l'obscurité. Quelques secondes après, une chandelle à la main, les cheveux en bataille, vêtue seulement d'une courte culotte de drap blanc et d'une chemise de la même étoffe, elle ouvrait le battant avec l'intention de recevoir aigrement son tardif visiteur – car il pouvait bien être trois heures de l'après-midi, elle dormait, bon sang.

Mais ses intentions changèrent rapidement lorsqu'elle réalisa que l'importun n'était autre que Felix – première surprise – à-demi évanoui et dont la cuisse s'ornait, à la faible lumière de la chandelle, d'une immense tache sombre. L'homme ne tenait d'ailleurs debout qu'à grand-peine, et Kathleen, au milieu de sa confusion, ne trouva d'autre ressource que de le prendre dans ses bras sans vraiment écouter ce qu'il avait à dire et de le soutenir jusqu'à une chaise sur laquelle elle le força à s'asseoir. Elle posa sur le sol, près de lui, la bougie qui, conservée tant bien que mal par la scientifique durant le court trajet, avait brûlé en biais, répandant sa cire chaude et transparente sur le sol et l'avant-bras de la jeune femme. Cette dernière referma la porte et tira le verrou avant de revenir prestement vers son visiteur – qui méritait visiblement une fois encore le titre de patient. S'agenouillant près de lui, elle ouvrit de grands yeux devant le manche de scalpel métallique qui dépassait de la chair.

« Bon sang... » prit-elle le temps de murmurer avant de s'éloigner.

Heureusement pour le blessé, elle n'en perdit pas plus à réfléchir. Il fallait retirer cette chose. C'était évident. Mais la plaie allait se mettre à saigner de manière problématique – cela ne pouvait être que profond. Et si jamais l'artère était touchée ? Il allait falloir poser un garrot. Et suturer. Vite. Elle rassembla donc son matériel aussi vite que cela lui était possible et revint se poster auprès de l'homme à-demi conscient. Elle posa sur le haut de sa cuisse un souple cordon de cuir, puis inspira profondément avant de se saisir fermement du manche du scalpel.

« Felix. Ce que je vais faire va être très douloureux. Vous pouvez pleurer, hurler, peu importe, je m'en contrefiche. Mais je vous ordonne de rester conscient. »

Et, plaquant sa main gauche contre le torse de son patient, elle arracha brusquement le scalpel de sa cuisse. Cette tâche fut effectuée en somme assez proprement, et le fait de retirer la lame n'entailla pas plus largement la chair, qui cependant se mit à répandre des flots de sang écarlate. Kathleen pouvait bien prétendre ce qu'elle voulait, elle n'était pas médecin et encore moins capable de déterminer si une artère était impliquée dans cette marée de liquide rouge. Mais, d'une manière ou d'une autre, elle aurait eu bien du mal à opérer au cœur d'une viande si détrempée de ses propres fluides. Se saisissant vivement de la bande de cuir qu'elle avait laissé de côté, elle en entoura vivement la cuisse de Felix au-dessus de la blessure, la noua, et, sans se soucier de sa probable souffrance qui, pour tout intolérable qu'elle fut, passait en ordre de priorité après la nécessité de survivre, glissa un crayon entre la jambe du blessé et le cuir. Puis elle tourna, tourna, tourna, et finit par bloquer le crayon entre les nœuds du garrot. La scientifique dégagea son front d'un revers de main ensanglantée. Bien. Elle avait devant elle une demi-heure pour en finir – après quoi, le pauvre homme en serait quitte pour l'amputation. Il lui fallait encore dégager correctement la plaie afin de pouvoir opérer. Sans réfléchir plus avant, la jeune femme utilisa la pointe du scalpel fatal pour déchirer le tissu qui entourait la jambe de Felix. Elle se débarrassa ensuite à la fois du pantalon et de l'outil en les jetant au milieu du laboratoire. N'ayant pas pensé à se munir de chiffons, elle en fut réduite à éponger quelque peu le sang à l'aide des manches de sa propre chemise. Après quoi, elle enfila une longueur de fil dans le chas d'une aiguille pointue qu'elle planta dans le tissu au niveau de son poignet. Se saisissant de la chandelle aux deux-tiers consumée, elle se releva lentement et plaça la source de lumière au niveau des yeux du blessé. Le visage de ce dernier se retrouva alors saisi au niveau de la mâchoire par les doigts pâles et crispés de la jeune femme.

« Je suis désolée. Mais j'ai encore besoin de vous. Il faut que vous restiez avec moi. Dites quelque chose – s'il vous plaît. »



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MessageSujet: Re: Herzeleid. [Fini.] Mar 21 Oct - 22:09


Herzeleid.

Un grand soulagement envahi le corps de Felix quand la porte s'ouvrit. Sa vue brouillée parvint à reconnaître les cheveux roux de la Scientifique dont il était venu réclamer l'aide. Il avait réussi au moins la première étape : trouver la jeune femme. Après, est-ce qu'elle accepterait de le soigner, c'était une autre histoire, une autre étape. Il se laissa croire qu'elle l'emmenait en sécurité quand elle le soutint et l'aida à se mouvoir jusqu'à une chaise où il se laissa choir dans un gémissement de douleur. Il connaissait cette douleur insupportable de jambe percée. Sa cuisse droite portait la même cicatrice, bien qu'il ne se souvienne pas des détails. David avait dit que c'était Harry qui lui avait faite mais pouvait-il le croire ? Il venait de lui faire une marque jumelle sur l'autre jambe… À faire confiance réellement ? À Harry qui lui avait offert le gîte, le couvert et beaucoup plus, avec une bonté peut-être un peu trop louche…? À David qui avait diabolisé Harry, l'avait viré et blessé à la cuisse ? À la Scientifique dont la silhouette floue s'agitait devant ses yeux presque vitreux ? Il ne pouvait que soupirer. Le premier était trop gentil pour que ce soit sincère, le deuxième s'était montré violent et ses paroles, étranges, et la troisième l'avait à deux reprises ouvert en deux.

Il entendit la rouquine vaguement dire que retirer le scalpel allait certainement être douloureux. Et elle lui ordonna aussi de rester éveillé. Cela paraissait simple dit comme ça mais vu son état et son expérience avec la douleur, il se doutait que cela allait être beaucoup plus compliqué que prévu. Il serra faiblement les poings, le menton tombant mollement sur sa poitrine, se sentant déjà comme une envie de dormir. C'est alors qu'il sentit sa main sur son torse et il se doutait que la douleur allait suivre d'une fraction de seconde à l'autre. Et ce qu'il se passa. Il avait l'impression que sa chair se déchirait un peu plus quand la lame sortit de sa jambe. Alors qu'il siffla un puissant gémissement de douleur entre ses dents serrées afin de contenir un cri qui aurait sûrement arraché les tympans de la Scientifique qui tentait de l'aider, il sentit une fois de plus son sang s'enfuir de son corps, ce dernier s'affaiblissant encore un peu plus. Sa jambe s'engourdit alors et il ouvrit les yeux pour voir ce qu'il se passait. La jeune femme dont il ne connaissait toujours pas le nom lui avait fait un garrot afin de stopper l'hémorragie. Alors qu'il fut de nouveau pris par une forte envie de fermer les yeux et dormir, ses pupilles se rétractèrent avec un certain inconfort quand elle vint lui placer la lanterne devant le nez. Il sentit son visage saisit dans les doigts couverts de sang de la Scientifique. Rester éveillé…? Ça allait être difficile… Il devait avoir une quantité d'hémoglobine insuffisante dans le corps, ce dernier ne demandait que d'hiberner. De se déconnecter afin de se régénérer doucement… Il se rappela alors de ce que lui avait dit son agresseur et jugea l'information utile à communiquer à la rousse :

- Da… David m'a dit qu'il… que l'artère fémorale n'était pas touchée…

Au moins, comme ça, il savait qu'il n'allait pas mourir d'une hémorragie. Enfin, il n'avait plus beaucoup de sang donc il ignorait si cela s'appliquait encore puisque qu'il en avait de nouveau perdu. Mais dans l'immédiat, il s'en fichait. Il remettait sa vie entre les mains de la Scientifique bien qu'il ne souhaitait pas vraiment survivre, en y repensant. Amy était morte et Emma aussi, selon David. Mais devait-il le croire, encore une fois ? Son désir de s'échapper dans le noir de l'inconscience était de plus en plus forte. Et il n'avait pas froid, il avait juste envie de dormir. Sa tête tournait et les formes, floues, dansaient devant ses yeux mi-clos et cernés. Il devait être pâle et fiévreux mais il ne pouvait pas tellement le vérifier, les muscles de ses bras semblant lui faire grève. Son corps ne voulait plus répondre et qu'il commençait à avoir l'ascendant sur sa volonté. Cependant, il eut quand même la force de murmurer :

- S'il vous plaît… Je veux juste… dormir… Je n'ai pas froid… Je… Je ne vois… pas de tunnel…

Il tenta un sourire mais cela ressembla plus à une grimace. Il ferma tout de même et s'endormit (ou s'évanouit) dans un léger soupir, sa tête tombant sur son torse, sans bruit.

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MessageSujet: Re: Herzeleid. [Fini.] Mer 22 Oct - 20:22


Herzeleid.



David ? La scientifique haussa un sourcil chargé d'incompréhension. Qu'est-ce que ce diable de David venait faire dans cette histoire ? Felix était-il allé le voir pour se faire soigner, ce après quoi le médecin l'avait renvoyé sur les roses parce que sa blessure n'était soi-disant pas si grave ? Cela n'avait pas de sens. Malgré tout, Kathleen se refusa à poursuivre son investigation par des questions. D'une part, il y avait des choses bien plus urgentes dont il fallait s'occuper, d'une autre il semblait qu'après quelques mots, le dément ait basculé dans l'inconscience. Kathleen lui tapota quelques instants la joue sans grande conviction puis, avec un soupir, s'assura du fait que son pouls était toujours perceptible. Et il l'était. Faible, mais existant. La jeune femme renonça donc à l'idée plus radicale qui lui avait traversé l'esprit, à savoir gifler violemment l'amnésique pour lui remettre les idées en place. Tant pis. De toute manière, la douleur liée à l'opération qui allait suivre allait probablement l'extirper de son asthénie.

Kathleen s'agenouilla à nouveau aux côtés de son patient impromptu et passa délicatement, avec précaution, la pointe de l'aiguille dans la flamme de la bougie avant de déposer cette dernière sur le sol, près de la jambe blessée de Felix. La lumière était bien faible étant donné l'exercice auquel elle allait s'adonner, mais elle pensait pouvoir s'en débrouiller. Elle ne pouvait de toute manière si déposer la chandelle sur la cuisse saine du détenu – cela aurait cruellement manqué de stabilité, ni se priver de l'usage d'une main en l'utilisant pour maintenir le bougeoir à la bonne hauteur. La scientifique dégagea à nouveau quelques mèches de cheveux de son front d'un revers de main, rapprocha de sa paume droite les lèvres de la plaie sanguinolente et, avec rapidité et autant de précision que la faible lueur le lui permettait, commença à suturer. La plaie était profonde, ses doigts crispés pour rapprocher les deux rivages de chair se tétanisèrent rapidement. Elle vint pourtant à bout de sa couture sans trop d'embarras, relâcha sa prise lentement pour s'assurer que la plaie n'allait pas se déformer, et secoua un instant sa main droite pour en éliminer un léger fourmillement. Bien. A présent, il allait falloir qu'elle rétablisse la circulation dans ce membre.

Avec douceur, elle fit pivoter d'un tour le crayon qui maintenait serrée la bandelette de cuir. Doucement. Il allait falloir y aller peu à peu. Il ne fallait pas que le sang se remettre trop brusquement à irriguer son réseau de vaisseaux sanguins. Lentement, tour de crayon après toue de crayon, le sang se remit à couler parmi les chairs de Felix. La plaie se remit à suinter, mais l'écoulement rougeâtre n'avait plus rien de si dramatique, et la scientifique se contenta de l'éponger avec un pan de sa chemise – qui, de toute façon, était déjà fichue. Elle lui reprit ensuite le pouls avec inquiétude. Rien de bien consistant – mais il y avait bien quelque chose qui battait dans ce corps, et c'était toujours ça. La jeune femme se releva avec un soupir et se planta devant Felix pour l'observer un moment. Du bout des doigts, elle releva son menton, qui s'était incliné vers sa poitrine. Il aurait fallu qu'il se repose. Mais, dans l'état où il se trouvait, elle n'aurait pour rien au monde osé le déplacer. Pour être tout à fait honnête, à ce stade de l'affaire, elle ne savait plus ni quoi faire, ni ce qui avait bien pu se passer.



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MessageSujet: Re: Herzeleid. [Fini.] Mer 22 Oct - 21:58


Herzeleid.

David sortit du laboratoire en silence. Il ignorait l'heure qu'il était et évitait donc de faire du bruit. Si Harry dormait, il n'allait pas se risquer à le réveiller. Idem si une Brute avait décidé de faire une petite sieste à côté. Car la plupart des portes de ce Manoir grinçaient atrocement, manquant de réveiller les morts. Mais étrangement, si sa sortie se fit le plus silencieusement possible, il ne pensa pas aux amnésiques prisonniers dans leurs cellules qui pouvaient dormir, même si certains avaient la respiration sifflante à cause de côtes cassées par des supérieurs hiérarchiques. Mais la raison qui avait fait sortir de David de son trou était qu'il avait perdu un scalpel avec toute cette affaire. Certes, il en avait d'autres mais après y avoir repensé, savoir qu'il lui en manquait un allait le gêner dans ses opérations. Il s'était mis en tête qu'il pouvait toujours aller trouver Kathleen, lui demander si elle pouvait lui prêter un desdits ustensiles. Au fur et à mesure qu'il arpentait les couloirs pour gagner le laboratoire de Miss Hodge, il se rendit compte que ses intestins s'étaient noués d'angoisse. Bien que cela faisait plusieurs heures qu'il avait agressé Felix et l'avait fuir et que celui-ci devait être loin désormais, il avait toujours cette crainte, couplée à un mauvais pressentiment, qu'il pouvait le trouver sur son chemin. Mais il essaya néanmoins de se convaincre qu'il avait disparu maintenant.

Pourquoi une telle crainte de le voir, d'ailleurs ? Éprouverait-il une certaine culpabilité pour ce qu'il lui a fait ? Non, bien sûr que non. Après ce qu'Harry et lui ont fait… Mais… Objectivement, c'était plus la faute du vétérinaire. Felix était amnésique, il ne pouvait pas avoir compris ce qu'il lui était arrivé. Qui lui disait qu'il n'avait d'ailleurs pas déjà tout oublié ? Avec sa plaie dans la jambe ? Peu de chances… Il soupira tristement quand il arriva à la porte de Kathleen, toujours nerveux et presque inquiet. Inquiet de savoir si Felix avait réussi à enlever le fameux scalpel. Mine de rien, l'horloger avait été son ami pendant très longtemps. Et il n'avait jamais souhaité sa mort même si l'idée lui avait très brièvement effleuré l'esprit dans le feu de l'action. En y repensant, il n'aurait jamais supporté le fait de tuer quelqu'un, encore plus quand il s'agissait d'un ami.

Il inspira doucement avant de frapper à la porte qui sembla s'éloigner de lui sous ses petits coups. Intrigué, il fronça les sourcils. La porte était mal fermée. En réalité, elle n'était pas fermée du tout, juste poussée grossièrement, peut-être précipitamment. Un oubli aurait été étrange. Puis il lui sembla reconnaître une trace de sang sur l'entrée qu'il s'appétait à emprunter. Soudainement plus inquiet encore, il posa sa main sur le bois frais de la porte du laboratoire et se risqua à ouvrir et entrer sans permission. Il sentit devenir de plus en plus nerveux quand ses narines notèrent qu'une odeur de sang régnait dans la pièce. Il se mordit la lèvre inférieure, plissant des yeux car la salle était faiblement éclairée. En effet, une flamme de chandelle éclairait l'endroit avec vigueur, bien que cela ne semblait pas suffisant. Un des inconvénients de vivre en sous-sol, tout était sombre, peu importe le moment de la journée. Il aperçut alors la tignasse rousse de la Scientifique dans le halo de lumière de doré de la flamme. D'une voix inquiète, il murmura :

- Kathleen… Tout va bien…?

Ses yeux furent alors attirés par une tâche blanche sur sa droite et son visage dût pâlir brusquement en reconnaissant un Felix inconscient. Sa bouche, qui s'était entrouverte à la vue de sa victime, se referma rapidement et il prit naturellement un air impassible et détaché avant de détourner hâtivement son regard de l'horloger. Il se retrouva avec une puissante envie de fuir, ne pouvant supporter la vue du sang de Felix qu'il y avait un peu partout. Il ne pourrait pas non plus regarder Kathleen dans les yeux. Il était venu pour lui demander de lui prêter un scalpel. Et ledit scalpel qu'il avait perdu se trouvait être encore couvert de sang et posé sur la table d'opération de la Scientifique. Il regarda rapidement en se sentant profondément ridicule de garder le silence. En vérité, il ne savait pas quoi raconter à Kathleen pour justifier sa présence, ou plutôt, son intrusion dans son laboratoire, son excuse venant de tomber à l'eau, brillant faiblement à la lumière de la bougie. Il fallait trouver une excuse, et vite. Il tenta un sourire, mais il ne parut pas assuré :

- Je… Désolé de te déranger mais… Aurais-tu un… un bocal à me prêter s'il te plaît…? J'en ai cassé un il y a quelques temps et je viens de me rendre compte que j'en avais besoin maintenant… pour… ce que je suis en train de faire…

Il fronça rapidement les sourcils, sceptique sur son propre mensonge qui était parfaitement ridicule en y repensant. Il fallait qu'il finisse par apprendre à mentir un de ces jours. Car pour l'instant… Oh. Mais quel idiot il faisait… Il avait réussi à passer pour un innocent aux yeux d'Harry sur la disparition de Felix. C'est alors qu'il ne fut pas très rassuré sur ce qu'il était en train de devenir… Il tenta néanmoins un nouveau sourire à Kathleen.

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MessageSujet: Re: Herzeleid. [Fini.] Mer 22 Oct - 22:55


Herzeleid.




Kathleen relâcha le menton de Felix et se retourna calmement en entendant la porte de son laboratoire pivoter sur ses gonds. Elle faillit s'alarmer en réalisant qu'elle n'avait absolument pas rabattu le battant comme il l'aurait fallu et que n'importe qui aurait pu s'introduire sans résistance dans le laboratoire tandis qu'elle était occupée à soigner son patient – et, pour preuve, quelqu'un venait tout juste d'y pénétrer – mais l'adrénaline retomba bien vite lorsque l'individu eut été identifié.

« Kathleen… Tout va bien…? »

« David. »

Un soulagement certain envahit l'esprit de Kathleen à la vue de l'arrivant. David... Si elle ne s'offrit pas le luxe de l'accueillir avec un sourire, du moins évita-t-elle de le saluer d'un ton parfaitement glacial – car telle pouvait être son habitude. La jeune femme avait toujours été encline à une forme de sympathie naturelle pour son confrère – élan qui s'était relativement refroidi lorsque les liens qui unissaient le médecin et Harry Downcry, avec qui mademoiselle Hodge avait malheureusement dû pendant un temps partager son laboratoire, s'étaient considérablement resserrés au point d'en devenir à la fois amoureux et charnels. Dès lors, l'ingénieure avait pris quelque distance – tout en déplorant qu'un jeune homme tel que David se retrouve à fréquenter un être d'une telle bassesse.

Elle fit quelques pas vers lui dans sa tenue légère trempée d'écarlate avant de s'arrêter sans raison apparente. Quelques mots, en effet, venaient de se rappeler à sa mémoire immédiate.

David m'a dit que l'artère fémorale n'était pas touchée.

Le regard que la jeune femme posait sur son interlocuteur se durcit légèrement. Elle faisait confiance à ce garçon. Mais la question restait là : qu'avait-il à voir dans cette histoire ? Car il y avait visiblement part. A moins que le dément se soit mis à délirer ? C'était là une autre possibilité. Sans doute pas la plus probable – le blessé avait-il seulement la moindre idée de ce qu'était l'artère fémorale ? – mais pas tout à fait inexistante.

« Je… Désolé de te déranger mais… Aurais-tu un… un bocal à me prêter s'il te plaît…? J'en ai cassé un il y a quelques temps et je viens de me rendre compte que j'en avais besoin maintenant… pour… ce que je suis en train de faire… »

N'importe qui aurait remarqué que le jeune homme était à peu près tout sauf à l'aise – et c'est ce que fit Kathleen. Malgré tout, elle ne fit aucun commentaire, se contentant d'un léger hochement de tête. C'était là une autre des caractéristiques de la demoiselle : en général, elle ne posait guère de questions lorsque le sujet ne la concernait pas directement. Elle s'éloigna donc à pas légers, toujours pieds nus et pâles sur le sol de pierre froid – on ne pouvait pas à la fois suturer une plaie profonde et penser à mettre des chaussettes jusqu'à une armoire dans laquelle elle fouilla quelques instants de manière bruyante avant d'en retirer avec précautions un bocal de verre fardé de poussière. C'est en soufflant sur la surface transparente pour en éliminer la poudre grisâtre qu'elle revint auprès de son collègue et lui tendit l'objet avec ce qui aurait pu passer pour l'ombre d'un sourire. Pourtant, même après que le récipient eut changé de mains, elle resta plusieurs longues secondes à fixer son vis-à-vis d'un regard pénétrant. Le fait était qu'elle ne savait comment aborder le sujet qui lui tenaillait l'esprit.

Au final, elle pivota sur ses hanches pour indiquer brièvement d'un geste de la main son patient inconscient, puis planta à nouveau son regard clair dans celui de David avant de le questionner d'une voix parfaitement neutre et détachée :

« Alors comme cela... Tu penses que l'artère fémorale n'est pas touchée ? »





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MessageSujet: Re: Herzeleid. [Fini.] Jeu 23 Oct - 0:03


Herzeleid.

Le chirurgien la regarda s'éloigner silencieusement. Pendant que Kathleen était partie chercher ledit bocal, David en profita pour regarder plus intensément Felix, osant même s'approcher un peu. Il jeta un coup d'œil à la plaie qui avait été recousue proprement. L'horloger n'était pas en danger. Il n'allait pas mourir d'une hémorragie. Il prit le récipient dans ses mains, rendant poliment son sourire à la Scientifique tout en murmurant un merci. Il regarda le pot, se demanda bien ce qu'il pourrait bien en faire hormis le poser sur une étagère avant de lui rendre dans quelques jours. Cependant, il nota rapidement que Kathleen paraissait mal à l'aise. Avait-elle perçu son mensonge ? Possible. Mais son regard pénétrant lui fit baisser docilement les yeux, n'osant pas la regarder en face, ayant l'impression qu'elle pourrait découvrir la vérité s'il se risquait à trop la fixer. Les yeux sont le miroir de l'âme, comme on dit. Puis, ses entrailles se nouèrent de nervosité quand la Scientifique désigna le Felix inanimé sur sa chaise. Il crut d'abord (et espéra très fortement) qu'elle allait lui demander de l'aider à le déplacer mais son espoir se brisa quand elle lui sortit une phrase qu'elle n'avait probablement pas inventée. Ou alors était-ce son côté paranoïaque qui se manifestait en lui ? En tout cas, elle ne semblait pas lui demander un simple avis médical mais l'accusait peut-être. Comment savoir ? Comment répondre pour ne pas se trahir ? Le "alors comme cela" explicitait clairement le fait que Felix avait dû parler. Mais après tout, il n'avait pas dû que c'était lui qui l'avait fait. Une autre excuse, vite.

- Je… Je n'en sais rien.

Il eut un sourire gêné. Gêné par sa propre bêtise de mentir pour s'en sortir. Il n'avait pas l'habitude de mentir mais il commençait à débiter un peu trop de balivernes en très peu, même trop, peu de temps. Il se mordit discrètement la lèvre inférieure, se sentant comme fouillé de l'intérieur. Il n'aimait pas cette sensation. Il déglutit difficilement, se décidant à regarder bravement Kathleen dans les yeux. Il était le criminel ici, l'agresseur, le coupable. Felix, sa victime. Quel rôle jouait la Scientifique ? Le juge ? Le bourreau ? Les deux ? Qu'allait être sa pénitence si elle apprenait la vérité ? La décevrait-il ? Il n'y avait pas grand monde qu'il pouvait de qualifier d'alliés, de proches, ou même d'amis dans ce Manoir. Il y avait bien Harry mais celui-ci ne lui parlait quasiment plus. Il y avait Felix qui l'avait oublié mais que le chirurgien avait agressé par pure jalousie vengeresse. Il y avait Kathleen dont il risquait de baisser fortement dans l'estime si elle venait à savoir qu'il avait presque tué Felix. Un silence que David trouva trop long s'installa. Devenant un peu trop pesant au goût du chirurgien, celui-ci s'approcha de l'horloger et fit mine d'examiner la plaie plus en détails, faisant exprès d'omettre le "alors comme cela" de la Scientifique. Il devait jouer les innocents jusqu'au bout. Si bien qu'il dit d'un ton purement interrogatif :

- Tu as une idée de qui a fait ça ? Il t'a dit qui lui a fait ? Parce que vu la position de la blessure, il a fallu être très précis et le blesser volontairement de cette façon ou au contraire n'avoir aucune compétence et avoir raté son coup en manquant l'artère fémorale.

Il eut une mine songeuse, avant de regarder de nouveau la plaie recousue. Il en profita pour jeter un rapide coup d'œil au visage pâle de l'horloger. Puisse-t-il le pardonner un jour… Puis, il se redressa lentement et sourit gentiment à Kathleen.

- Je crois que l'on peut dire qu'il est hors de danger. Je peux t'aider à quelque chose…?

Ses yeux parcourent les taches de sang un peu partout sur le sol du laboratoire. Bien qu'il conservait son sourire, son regard se fit plus sombre. Il mentait à Kathleen comme un bon petit innocent avant de lui proposer son aide le plus normalement du monde. Comme si de rien n'était. Il se dégoutait lui-même. Mais étrangement, il n'arrivait pas à s'en empêcher… Surtout qu'il paraissait trop innocent pour paraître vraiment en dehors de cette histoire et être écarté de tout soupçon. Non, rien de son histoire ne tenait la route. Devait-il avouer ? Faute avouée, faute à demi-pardonnée, comme on dit. Sauf qu'on ne l'accusait de rien… pour l'instant. Mais comme il se considérait comme un lâche (peut-être était-ce ce qu'il était finalement), il ne dit rien et conserva son sourire.

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MessageSujet: Re: Herzeleid. [Fini.] Jeu 23 Oct - 18:13


Herzeleid.



Kathleen resta mutique face à la réponse qui n'en était pas une de David. La voix peu assurée de ce dernier – et son attitude globale depuis son entrée dans le laboratoire – l'incitait à penser que le jeune homme en savait bien plus qu'il n'en prétendait, mais elle n'insista pas. Elle se contenta d'un haussement d'épaule des plus neutres avant d'emboîter le pas du chirurgien lorsqu'il s'approcha du blessé. Il examina rapidement la plaie, visiblement sans trop tiquer face aux soins prodigués par la jeune femme – qui se sentit d'une certaine manière soulagée qu'un médecin ne remette pas en cause ses actes. Car, il fallait bien l'avouer, les connaissances de l'ingénieure en la matière étaient bien plus le fruit de lectures aléatoires et d'expériences au cas par cas que celui d'une véritable formation. Du temps où David la secondait en son laboratoire, cet état de fait ne constituait pas un réel problème, mais... Depuis que le jeune homme était, en quelque sorte, passé à l'ennemi, la jeune Hodge avait dû s'empresser de faire des progrès si elle voulait conserver ses sujets d'expérimentation en relative bonne santé – ou, du moins, si elle ne souhaitait pas les observer agoniser puis décéder purement et simplement.

Elle l'écouta ensuite alors qu'il exposait ses petites déductions, vaguement embarrassée. Embarrassée, oui. Car, les informations qu'elle avait à présent en main ayant un net penchant à se contredire, la jeune femme commençait à trouver cette affaire pour le moins obscure. Felix était probablement assez peu capable de savoir de lui-même que l'artère fémorale se situait non loin de la zone ayant été touchée par le scalpel, et le fait qu'il ait prononcé cette phrase en plein délire ne tenait pas exactement la route. Kathleen savait pertinemment à quoi ressemblait son patient lorsque la folie le faisait sortir de ses gonds. Or, avant de sombrer dans l'inconscience, il lui avait semblé correctement lucide. De plus, il y avait le scalpel. A moins d'une imbécillité de plus de cet abruti d'Erwan – hypothèse qui se trouvait malheureusement loin d'être à exclure, ce genre d'outil ne traînait pas dans les couloirs du manoir. Il y avait au fond peu de chances de mettre la main sur une lame de ce genre hors du laboratoire d'un scientifique. Alors, quoi ? Un sujet d'expérimentation s'était révolté ? Une bagarre avait éclaté dans le laboratoire de Harry – car, au grand regret de la jeune femme, c'était bien là que l'on retrouvait le plus souvent David – ? Cela ne faisait pas sens, et Kathleen abhorrait ce qui ne faisait pas sens. Ce fut finalement la voix de son vis-à-vis qui, s'élevant à nouveau, la tira de ses considérations quelque peu confuses. L'aider ?

Avec un léger hochement de tête, elle alla se placer derrière la chaise sur laquelle s'était affalé Felix et, passant avec délicatesse ses bras sous les épaules du blessé, le saisit fermement en croisant ses avant-bras sur sa poitrine, qui continuait fort heureusement à se soulever faiblement. La scientifique indiquait ainsi à son collègue – de la manière la plus laconique qu'on puisse imaginer – que son aide serait la bienvenue afin de transporter son patient vers un lieu où il pourrait prendre une posture plus confortable afin de se reposer convenablement. Kathleen constituait un individu assez avare de paroles.

Seulement, elle n'était pas complètement muette – loin de là. Et la situation présente – ainsi que ses aboutissements potentiels – la tracassaient quelque peu.

« Je ne sais pas qui lui a fait cela. Il m'a juste dit que... Tu avais prétendu que l'artère fémorale n'était pas touché. »

Mais son ton n'était ni moins calme, ni moins neutre qu'à l'ordinaire. Ni particulièrement amical, ni accusateur. Rien, rien dans sa voix ne laissait voir qu'elle aurait pu prendre plus d'implication dans cet échange de paroles que dans celui de quelques banalités d'usage.




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MessageSujet: Re: Herzeleid. [Fini.] Jeu 23 Oct - 23:42


Herzeleid.

David aida donc Kathleen a transporté Felix quand elle l'invita à la rejoindre et prit donc les jambes de l'horloger. À deux, ils n'eurent aucun mal à le soulever. En effet, le Dément ne pouvait pas avoir une alimentation régulière, équilibrée et saine. Le chirurgien n'avait pas envie de savoir ce qu'il y avait dans son estomac (s'il y avait quelque chose) mais cela lui faisait un peu de peine de le voir dans cet état. De voir tous les prisonniers dans cet état d'ailleurs. Il s'était rendu compte de la maigreur de Felix quand Harry l'eut ausculté pour la blessure en Y encore fraîche qui s'était rouverte sur son torse. Et il n'y avait pas grand-chose pour y remédier. En fait si. Qu'il se casse du laboratoire d'Harry pour le laisser vivre son amour fou pour Felix qu'il dorloterait tendrement. À sa place. Sans qu'il ne soit coupable de rien. Enfin, maintenant… il l'était, coupable. Si Felix avait frôlé la mort, c'était de sa faute à lui. Car il aurait dû s'expliquer avec son amant plutôt qu'avec un amnésique sans défense. Il continuait de se dégouter lui-même et de se haïr et maudire intérieurement. Ils allongèrent donc Felix sur la table d'opération en silence. Il reprit son pot dans ses bras, désirant repartir rapidement, ne voulant pas s'attarder plus longtemps. Mais elle parla, voulant savoir la vérité et répondant par la même occasion à sa question. Naturellement, il mentit une nouvelle fois :

- Non, non, je n'ai rien à voir là-dedans… Il a dû délirer…

Il tenta un sourire, sentant son calme le lâcher petit à petit. Que se passerait-il si Felix se réveillait à cet instant précis et qu'il le voyait. Il se mordit la lèvre inférieure, incapable de bouger le moindre muscle. Il fixait désormais le visage livide du blessé, se sentant soudainement nauséeux. Il détourna alors le regard et tourna le dos à Kathleen, tentant de se calmer. Il soupira une fois, deux fois. Inspira une fois, deux fois, trois fois. Alors qu'il essayait de ne plus penser à ce qu'il avait pu faire, ces tentatives ne firent que l'effet inverse. Il eut l'impression d'avoir une sorte de présence derrière lui qui le traitait de meurtrier, de violent, de fou. Coupable. Harry l'avait cherché. Coupable. Felix avait payé. Coupable. Harry aurait dû être puni. Coupable. Felix était innocent. Coupable. Mais il aimait Harry, il ne voulait pas le perdre. Coupable. Tu aurais dû parler avec Harry. Coupable. Maintenant, tu as la trouille de le perdre car tu sais qu'il préfère l'horloger. Coupable. Jamais tu ne seras capable d'assumer ce que tu as fait. Tu dois aider les gens, les soigner. Pas les blesser un peu plus et manquer de le tuer. Il serra les poings et retint ses larmes comme il put. Il sentait une sorte de rage monter en lui. Une rage contre lui-même. Contre l'enflure qu'il était. Il devait avouer. Peut-être qu'il se sentirait mieux. Mais, comme il le craignait en entrant dans le laboratoire de la Scientifique, il la décevrait et perdrait sûrement la seule amie qu'il lui restait. Il voulait fuir, courir dans les couloirs de ce lieu infâme qui semblait jouer avec lui. Il avait presque l'impression que le Manoir exerçait un contrôle sur lui. Qu'il essayait de salir son âme par tous les moyens possibles et inimaginables. Et il se laissait misérablement et aveuglément faire. Autant faire une dernière fois un peu de courage, un peu d'honnêteté. Il devait assumer ce qu'il avait fait. Une larme roula sur son visage. Puis une deuxième.

- Je… Je suis désolé…

Il voulait taire cette voix qui l'accusait sans cesse d'être coupable bien que c'était ce qu'il était. Pourquoi s'était-il excusé d'ailleurs…? Parce qu'il avait été un lâche, qu'il avait menti et qu'il avait fait du mal à quelqu'un.

- C'est… C'est moi qui l'aie blessé…

Il redressa la tête, regardant le haut des armoires de Kathleen comme s'il essayait de percevoir le Soleil au travers du sol et des murs de la bâtisse. Comme si l'Étoile pouvait lui donner un signe, réchauffer son visage humide où les larmes coulaient silencieusement. Il avait honte et ne pourrait jamais se pardonner cette faute. Il avait menti à Felix, à Harry, à Kathleen. Est-ce qu'il se mentait à lui-même aussi ? Est-ce que durant toutes ses années où il avait essayé de bien, il s'était caché de lui-même ? Caché la créature violente et répugnante qui se logeait au creux de son cœur malade. Et ce dernier qui recommençait à faire des siennes, était-ce un moyen de lui faire comprendre qu'il devrait en finir au lieu de blesser d'autres personnes ? Peut-être… Il baissa de nouveau sa tête, fermant les yeux, attendant le verdict de la Scientifique, n'ayant pas peur d'endurer les conséquences de sa faute. Quand on est médecin, on ne blesse pas les gens.

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MessageSujet: Re: Herzeleid. [Fini.] Ven 24 Oct - 18:03


Herzeleid.



Kathleen n'aurait pas cherché à pousser son collègue dans ses retranchements s'il avait simplement persisté à nier. Il y avait pourtant dans son comportement largement de quoi se douter que quelque chose ne tournait pas rond – même en ne l'ayant que peu fréquenté depuis quelques temps. Seulement, la jeune femme ne se serait pas senti dans le droit d'insister. Bien entendu, elle aurait interrogé Felix, plus tard, lorsqu'il se serait réveillé. Mais le chirurgien finit par lui tourner soudainement le dos, sans raison, alors qu'elle tâchait de se donner une allure vaguement présentable en essuyant les restes de sang des paumes de ses mais sur les pans de sa chemise – qui ne risquait à ce stade plus grand chose. Ayant les yeux baissés, elle ne prêta d'abord pas attention à ce brusque changement d'attitude. Ce fut la respiration saccadée du jeune qui lui fit s'intéresser de plus près à l'affaire. Elle n'eut d'ailleurs pas le temps de lui demander ce qui lui arrivait qu'il passait de la négation à la confession.

La jeune femme ne pouvait affirmer avec honnêteté qu'elle n'avait envisagé, ne serait-ce que sous la forme d'une frêle hypothèse, cette possibilité. Simplement, le fait que le médecin le reconnaisse ainsi – non, surtout, le fait que David, l'un des êtres les plus calmes, peut-être même le plus aimable qu'elle ait jamais rencontré entre les murs de ce manoir, ait été capable d'en arriver à de telles extrémités... Cela avait quelque chose de choquant. Si Harry avait commis le même acte, Kathleen l'aurait probablement attrapé par le col de son éternelle blouse avant de le mettre brutalement à la porte. Sans un mot. Elle n'aurait rien voulu entendre de plus. Mais, d'un autre côté, elle doutait que cet individu malsain se soit mis à pleurer au beau milieu de son laboratoire en présentant une esquisse d'excuse. La situation avait donc de quoi rendre la jeune femme confuse.

Après quelques secondes durant lesquelles elle ne sut ni que penser ni que ressentir, la scientifique finit par comprendre ce qu'elle éprouvait face à l'idée de cette... Oui, il s'agissait assez visiblement d'une agression. Elle n'était pas en colère, non. Il en fallait plus que cela pour la faire sortir de ses gonds. Le dernier à y être parvenu était – rien de surprenant – celui qu'on nommait Downcry. Il avait osé porter la main sur Lewis – pire que cela, il l'avait violé. Lewis. Kathleen n'avait jamais frappé personne – elle avait fait une exception. Elle ne pouvait de toute manière par réellement passer ses nerfs sur David. Pas lui. C'était un homme bien – elle en était persuadée. Alors qu'elle s'approchait de lui et le saisissait fermement par l'épaule pour le forcer à la regarder, l'idée qu'il n'était peut-être pas assez solide pour supporter l'environnement que constituait le manoir lui traversa l'esprit. Les prisonniers n'étaient sans doute pas, au fond, les seuls à en être affectés. Kathleen planta son regard clair, un regard d'une dureté indéniable, dans les yeux de son vis-à-vis. Elle réalisa alors ce qu'elle ressentait. Elle n'en voulait pas particulièrement à David – on ne lui ôterait pas de la tête qu'il fallait que quelque chose soit arrivé pour que le jeune homme en tombe si bas – mais elle était terriblement déçue. Terriblement déçue qu'une âme qui lui avait paru si claire se révèle au final si sombre.

« Pourquoi ? » commença-t-elle, d'un ton qui révélait sans aucun doute son incompréhension. Elle n'avait pas lâché le bras de son collègue, ne voulant lui laisser aucune chance de se détourner. En fin de compte, peut-être y avait-elle en son cœur quelque chose qui tenait du ressentiment.

« David... Comment, toi... … Pourquoi ? »





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Herzeleid. [Fini.]

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