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La Seconde Valse. [Strathearn - Hodge] [Fini]

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MessageSujet: Re: La Seconde Valse. [Strathearn - Hodge] [Fini] Lun 18 Aoû - 21:41


La Seconde Valse de Shostakovitch.







Hésitante, mais resplandissante malgré tout. La lumière lunaire allait réellement bien à son teint et à la flamboyante chevelure qui lui siégeait. Le temps qu'elle prenait pour me répondre ne me dérangeait pas tant que cela, cela me donnait tout le loisir d'observer ses mouvements. C'était un divertissement qui me donnait l'impression que jamais je ne m'en lasserai. Ce silence harmonieux où je ne ressens le besoin de ne rajouter aucune parole. La sérénité à l'état pure. Si seulement je n'avais pas ce sablier naturel contre moi, ce soleil si ennemi à mes possibles. Seul la lune était amie de ma liberté, c'était ainsi que je me suis élevé. Ma peau blanchâtre n'est nullement le biais d'entretien royale, mais bien le fait que l'on me fait tellement fuir le soleil que c'est à croire qu'il a peur de mon visage. C'est de ce même visage que je ferme délicatement les paupières, écoutant sa respiration quasi inaudible pour me détendre davantage. Je prends le temps de le lui laisser. Jusqu'à ce qu'elle me redise qu'il n'a rien à dire. J'en ris encore, doucement. Impossible. Ne voulait-elle vraiment pas parler d'elle? Je pouvais le comprendre, même si je m'en sentirai vraiment peiné. Je ne tiens pas pour obligatoire que l'on se confie à moi si je le fais, loin de là.

Mais elle poursuivit ses paroles. Une éducation d'homme, voilà qui était bien intéressant. Je ne la regardais maintenant qu'avec encore plus d'attention qu'avant. Quand je vous disais qu'elle ne pouvait avoir une histoire aussi plate que les autres femmes. C'est vrai qu'à bien y regarder, ses cheveux et le pantalon qu'elle porte contre tout étique ne faisait aucun doute. Mais cela n'était pas dégradant pour sa beauté. Au contraire, j'oserai même penser que cela la soulignait. Ingénieurie. Je n'en avais encore que rarement entendu parler. Bien sur, j'avais pu en lire quelques détails dans les livre, mais rien de plus. Si elle était du côté des machines, j'avoue avoir plus porter mon intérêt du côté des plantes. Mais qu'importe, l'éclat dans ses yeux qui résultèrent de ses paroles me fit tant plaisir que j'eus envie de l'entendre encore parler. Puis, l'entendre parler des machines, de par sa voix enjouée, rendait la chose complètement passionnante.

Je pense que l'une nous permet d'en apprendre mieux sur l'autre. Après tout, c'est par ses créations que l'on permet de mieux comprendre l'Homme non ?

Que ce soit dans le domaine artistique ou le domaine de la machine. Ce que nous faisons est un reflet de nous-même, autant que ce que l'on crée. Malheureusement, je ne pouvais pas en dire plus. Enchainer sur ce que je préférais analyser des deux, à savoir la nature humaine, me semblait particulièrement déplacé. Lui souriant alors avec compréhension et presque une pointe de tendresse, je décroisa les bras pour les étendre, encore une fois. Ne sachant trop donc comment faire pour essayer de faire la conversation, je tentai quelque chose. Puis finalement, je me tus, n'arrivant pas à faire une phrase correct dans mon esprit. J'avais tellement peur de dire quelque chose qu'il ne fallait pas que je ne savais plus quoi dire.

Après, il est dit dans certaines rumeurs que la machine est l'avenir de l'homme, qu'elle permettra de l'aider au quotidien dans un futur proche.

Bon sang, pourquoi j'ai l'impression de sortir des banalités de comptoir...je suis ridicule.



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MessageSujet: Re: La Seconde Valse. [Strathearn - Hodge] [Fini] Lun 18 Aoû - 23:49


La Seconde Valse







J'aurais été ravie d'entendre mon vis-à-vis s'exprimer sur un des deux sujets qui, sur cette terre, me poussaient à me plonger dans les études et les recherches avec un enthousiasme qui ne convenait guère à une jeune fille de ma naissance qui, sans pouvoir prétendre à paraître à la Cour, se devait du moins d'accéder à une position assez élevée en concluant un bon mariage. Et l'original qui aurait accepté d'épouser une jeune fille aux centres d'intérêts et aux activités si excentriques à la fois pour son sexe et pour son âge ne s'était pas encore manifesté. J'avais parfois tenté d'aborder ces sujets lors d'une conversation. Un regard dur m'avait fait taire, et mon père avait semblé regretter l'éducation masculine qu'il m'avait fait donner par dépit de ne pas compter de garçons dans sa descendance. Je pensais que là, sur ce banc posé à proximité des murs épais de l'église, j'obtiendrais plus de chances d'aboutir à un échange sur le sujet. Mais... Apparemment, ce n'était pas le cas. Mon interlocuteur, bien loin de rebondir sur le sujet, ne parvint à me servir que des phrases dans lesquelles il n'émettait réellement aucun avis. J'en fus un peu déçue, pour tout dire. Mais rien ne forçait personne à partager mes centres d'intérêts. Peut-être, pour une raison ou pour une autre, tenait-il à éluder ce sujet. Je ne voyais aucun motif valable pour refuser une telle conversation, mais la tension que je sentais émaner de l'être assis à mes côtés m'intriguait. Et me rendait assez confuse, pour tout dire.

« Ai-je prononcé une parole déplacée ? J'ai l'impression de vous avoir rendu assez mal à l'aise. Si c'est le cas, veuillez m'excuser. »

A l'instant où je prononçai ces mots, je réalisai soudain qu'elles pouvaient être assez mal reçues. Il m'était arrivé d'être confrontée à des individus dont la susceptibilité se trouvait terriblement heurtée par le fait que l'on ait été capable de déterminer ce qu'ils ressentaient – et de leur en avoir fait part. Vaguement alarmée par cette idée – cet homme était sans doute la dernière personne que j’eus envie de froisser, peut-être justement parce qu'il était, à mes yeux, lui aussi spécial – ou qu'il l'était tout court, d'ailleurs. Il n'était pas donné à tous de vivre en tant que jumeau caché de l'héritier du trône d'Angleterre. Je m'empressai donc d'enchaîner.

« Enfin, peut-être avez-vous raison. Quoique la Machine ne soit pas vraiment la première chose à laquelle on pense en terme de création. La plupart des gens limitent ce concept à l'art... »

Voyant que je repartais sensiblement vers les sujets qui me tenaient le plus à cœur, je tentais un sourire conciliant, tout en notant du coin de l’œil que Dame la Lune se mouvait dangereusement.

« Mais je dois vous ennuyer. Non ? Soyez honnête... Je comprendrais, si c'était le cas. »






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MessageSujet: Re: La Seconde Valse. [Strathearn - Hodge] [Fini] Mar 19 Aoû - 0:16


La Seconde Valse de Shostakovitch.







Elle avait aussitôt compris ma gêne. Je n'en fus que plus mal à l'aise, alors que j'avais péniblement réussi à acquérir sa confiance, voilà que je faisais tout tomber tel chateau de cartes pour une stupide histoire de manque d'inspiration. Voilà bien la première fois dans ma vie que j'avais presque...peur de parler à quelqu'un. De toutes les personnes que j'avais pu rencontré durant mes envolés nocturnes, je n'avais jamais pensé au lendemain, à ce que cette personne penserait de moi après. Aussi laissai-je voler mes phrases avec toute la plus grande des franchises, me souciant peu de comment l'autre le recevrait. La plupart des gens acceptaient difficilement cet élan d'honnêteté. Certains s'en accomoderaient bien mieux que de simples phrases de routines. Et j'avais devant moi une personne de cette dernière catégorie. Mais, par peur de ce qu'elle pourrait penser des stupidités qui prenaient forme dans son esprit, je n'avais pas imaginé une seule seconde que je pouvais blesser son intérêt en mon être. Voilà maintenant que le rouge me montait au front et qu'à cette seconde où elle s'excusait, je m'écriai:

Grand Dieu non, vous ne m'avez nullement mis mal à l'aise ! C'était juste que...

Je repris le silence. Non, décidément, j'avais bien l'air misérable. Pourquoi elle semblait tellement différente à mes yeux que je devais ressentir le besoin de peser chacune de mes paroles? Cela en était presque rageant. J'avais envie de retrouver ce naturel qui m'allait. Il me le fallait. Sinon, le temps qu'il me restait à partager avec Kathleen se compterait comme seconde de vie après la mort. Alors qu'elle commence à me dire que j'ai raison, je me dis soudainement que j'avais finalement bien raison. Un point ! Un. Oh non, pitié, il ne faut pas que je commence à parler par point, mais qu'est-ce qu'il m'arrive? Une folie somme toute nouvelle s'est emparé de mon esprit. Est-ce la simple joie d'avoir une véritable amie dans ce monde? En tout cas, il fallait au plus vite que je reprenne le contrôle de mon esprit. Et elle ne tarda pas à m'en donner l'occasion. Je me retourna vers elle, hésitant à prendre sa main pour...pour faire quoi d'ailleurs? Restant donc bien droit sur ce banc, je la regarde d'un grand sourire. Le rythme de mon coeur se calme, je reprends confiance en moi. Cette confiance dont je me servais comme pastiche à mes illusions.

Vous, m'ennuyer? Jamais de la vie ! Pardonnez-moi de mes paroles. Elles étaient fades et sans goûts, je le savais et c'est moi qui devrais m'excuser. Mais je dois avouer que je n'ai jamais vraiment étudié les machines.

Un petit silence où je m'étends sur le banc, prenant mes aises tout en observant la lune. Elle voulait une conversation honnête et intelligente. Son sujet de prédilection était peut-être les machines, mais elle avait laissé entendre une seconde option. Pour ne plus paraître aussi benêt que ce que j'avais pu être, je sauta sur l'occasion d'offrir à mon interlocutrice une réelle conversation. Autant partir de ce que je savais.

Par contre, les humains...c'est tellement passionnant...la façon dont on peut manipuler leurs esprits pour leur faire voir ce qu'ils veulent...pour ma part j'étudie les illusions, l'alchimie...étant donné que tout le monde se fiche pas mal de ce que je peux faire tant que je reste vivant et au palais.

Un petit rire s'élève de mes lèvres quand je tourne la tête vers Kathleen, lui souriant en silence pendant quelques secondes, savourant presque cette vision.

Heureusement qu'on ne fait plus la chasse aux sorciers. La plupart de ces idiots prennent peur de ce qu'ils ne connaissent pas et n'arrivent pas à comprendre. Mais vous devez savoir ce que c'est, n'est-ce pas? Mais je vous en prie, continuez, j'adore vous entendre sur votre passion.



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MessageSujet: Re: La Seconde Valse. [Strathearn - Hodge] [Fini] Mer 20 Aoû - 14:19


La Seconde Valse







Pendant quelques instants, je gardait le silence, me plaisant à simplement écouter les phrases mesurées de mon interlocuteur dérouler dans la nuit leur mélodie harmonieuse. Une étincelle se produit sur le fil de mes réflexions lorsque ce jeune homme mentionne tout à tour les domaines de l'illusion et de l'alchimie – et un sourire amusé s'arrache à mes lèvres – mais je ne me risque pas à formuler mes pensées. Pas encore. Après un moment durant lequel ni lui ni moi ne nous avançons à troubler le silence nouvellement installé, sa voix s'élève à nouveau. Et je ne peux qu'approuver – d'un hochement de tête que la nuit cache probablement à mon interlocuteur – les paroles qu'il prononce. La peur de ce que l'on ne comprend pas. Ce que l'on ne conçoit pas. Ce qui n'est pas considéré comme normal – et c'est là chose logique, au fond, car la normalité rassure, n'est-ce pas ? Toujours est-il que les propos de mon vis-à-vis m'inspire une réponse – oh, rien d'une illumination, simplement une idée qui, pour quelque juste elle puisse être à mon sens, serait loin d'être acceptée – ou même entendue – par mon entourage.

« Illusion... Manipulation... L'être humain est faible, vous avez raison. Mais, quand vous  voyez là une occasion d'en jouer, je préfère croire que l'on peut trouver une parade à cela. C'est ce qui m'intéresse chez les machines. »

Je risque un sourire, consciente que, d'une certaine manière, je pouvais parler librement. Ou, du moins, plus librement qu'avec le commun des mortels. J'avais beau m'adresser à un membre de la famille royale, avec lui moins qu'avec n'importe qui je ne sentais le poids des convenances et des obligations sociales – tacites, intangibles, mais tenaces. Car ici, dans l'ombre froide de l'édifice divin, la seule des contrainte était celle de fuir avant l'aube. Aube qui, de toute évidence, viendrait bien vite nous éclairer de sa scandaleuse lueur.

« Les rouages ne pensent pas. L'acier n'a pas de sentiments. Je suis certaine que, d'une certaine manière, cela les rend plus forts que l'humain. »


Plus faibles, aussi, bien évidemment. Rien ne remplacerait jamais l'intelligence, ce que des êtres inanimés ne posséderaient jamais. Mais je savais, sans savoir comment, que cette idée pourrait aboutir à quelque chose. A quoi ? Je n'en savais rien.






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MessageSujet: Re: La Seconde Valse. [Strathearn - Hodge] [Fini] Mer 20 Aoû - 14:55


La Seconde Valse de Shostakovitch.







"L'acier n'a pas de sentiments. Je suis certaine que, d'une certaine manière, cela les rend plus fort que l'humain."

Les paroles étaient lancés, et je ne pouvais m'empêcher d'y trouver de quoi réfléchir avec intérêt. De même que j'en ressentais un grand trouble. Mais ce n'était pas un trouble des plus désagréables, car contrairement à la grande majorité des conversations auquels j'avais pu participer, celle-ci avait l'avantage de nourir l'esprit d'intenses jeux de réflexion. Il était intéressant tout de même de se rendre compte à quel point en peu de mots, elle avait réussi à parfaitement me percer à jour. Oui. Me jouer de l'être humain et de sa faiblesse, c'était bien là mon passe-temps favori.

Est-ce que cela en disait long au fond sur la froideur dont je pouvais faire preuve envers eux? Mais je sentais au plus profond de moi que cette jeune femme ne marcherait pas dans les combines de mes illusions. Quand à ces mots: une parade à la faiblesse humaine? Etait-ce réellement possible? Etait-ce même envisageable pour la survie de l'espèce? Les questions se bousculaient dans ma tête, d'une pointe dans mon coeur même. Les aiguilles du temps frappaient les secondes comme lame en pleine chair. Je tourne ma tête vers elle, la regardant d'un air troublé et pourtant très concentré.

Suggérez-vous que ce sont les sentiments qui rendent faibles l'être humain? Qu'une machine sera toujours plus forte qu'un humain car elle ne ressent rien? C'est d'une parfaite logique mais...ce qui les rends faibles est également ce qui peut les rendre forts.

Je ne désire pas faire l'apologie de l'être humain, loin de là. J'en avais déjà bien assez vu pour savoir qu'ils pouvaient tous être aussi horribles les uns que les autres. Ne songeant à des jeux de pouvoirs, de séductions et d'argents, les hautes sphères de la noblesse semblaient tous avoir vendu leurs âmes pour une parcelle de ce que je partageai malgré moi dans mon sang. J'ai longtemps cru qu'il n'existait au monde que des gens de cette sombre engeance. Puis je me suis enfui une première nuit dans le grand extérieur. J'y ai rencontré des gens certes fragiles, mais aux émotions sincères. Cela me conforta dans l'idée que tous n'étaient pas à mettre dans le même sac.

Quant à votre proposition, il n'y a nul doute que la machine apprendra beaucoup à l'Homme. Mais l'Homme pourrait également apprendre à la machine. De la nature organique de l'être humain, et celle, non organique, de la machine...je pense presque que l'on pourrait les dire complémentaire. Autant peut-être presque que l'herbe qui se sert d'une pierre pour vivre...oh, excusez-moi, je me perds dans mes pensées.

Effectivement, je commençai à me trouver empêtrer dans un ensemble de ramification dont je ne trouvais plus le bout. Comparer l'homme et la machine à la pierre et à l'herbe pouvait paraître étrange. Du moins dans mon esprit, cela semblait logique. Dans le reste de mon coeur cependant, se trouvait quelque chose que  je ne pouvais concevoir, même avec toute la bonne volonté du monde. Les machines ne pourraient être mieux que les humains s'ils naissent dépourvus de sentiments. Vivre sans émotions seraient comme ne pas vivre, ils ne se rendraient pas même compte qu'ils sont vivants, perdus dans cette incapacité qu'ils ont à ne pas pouvoir mourir. Je la regarde à nouveau, perdant mon regard dans ses yeux d'une lueur toute nouvelle, plus fascinante encore à observer que les milles éclats de la lune. Se pouvait-il qu'une jeune fille comme cela ait pu à ce point perdre confiance en l'être humain, pour trouver ainsi réconfort dans la froideur d'une main en acier? Mais je n'eus rien de plus à dire. Répondant à son sourire d'une forme semblable sur mon visage, je murmura:

Ravi de vous avoir rencontrer, Kathleen. C'est très agréable de parler avec vous.


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MessageSujet: Re: La Seconde Valse. [Strathearn - Hodge] [Fini] Lun 1 Sep - 20:59


La Seconde Valse







Je le vis réfléchir. Si son crâne avait été fait d'acier, j'aurais probablement entendu d’improbables rouages se mettre en branle et résonner sous les plaques blanches de ses os. Enfin, il exprima le contenu de ses réflexions – sans le dire, je me trouvais plutôt flattée que ce jeune homme ait consenti à porter une véritable attention aux idées qui, lors des rares fois où je leur avais laissé prendre la forme de mots, ne m'avaient valu que des regards sombres et condescendants. Son regard à lui était clair, j'en étais sûre – mais la noirceur ambiante m'empêchait d'en juger par moi-même. Dans un premier temps, je ne pus qu'approuver ses paroles – elle n'allaient que dans le sens de ma propre pensée. Bientôt, pourtant, mon fin sourire se crispa légèrement, et je fus, à dire le vrai, assez choquée par les propos qu'il me tint. Vaguement alarmée, même. L'Homme ? Apprendre quoi que ce soit à la Machine ? Était-il seulement sérieux ? Avait-il donc perdu l'esprit ? L'Homme. Cet amas organique, de chair, de sang, et doté d'un vague esprit, supplanter le fer ? La rouille, dominer les ossements ? C'était inenvisageable. L'Homme était un animal faible, mortel, soumis à la souffrance, dominé par ses émotions – et bien plus souvent pour le pire que pour le meilleur. Non, non, et non. Je ne pouvais accepter ce point de vue. Je faillis d'ailleurs me contenter d'interrompre mon vis-à-vis d'un hochement de tête négatif, avant de me lancer dans une argumentation un peu trop vive. Mais... Il y avait cette lueur sur son visage. Ce je-ne-savais-quoi qui se reflétait dans ses yeux. J'étais bien assez heureuse d'avoir rencontré un homme qui acceptât mes théories sans en plus essayer de me le mettre à dos en mettant à mal les quelques réflexions qu'il présentait sur le sujet. D'ailleurs, si je m'étais mise à parler, nous serions probablement restés sur le sujet jusqu'au lever du jour. Et cela n'était guère recommandé, au vu de nos situations mutuelles.

Et, finalement, ce fut à nouveau lui qui rompit le silence.

« Ravi de vous avoir rencontrée, Kathleen. C'est très agréable de parler avec vous. »

Cela ressemblait à un adieu. Du moins, une fin de conversation. Qu'importe, pour nous autres oiseaux de nuit, les deux étaient équivalents à cette heure de la nuit. J'allais devoir rentrer, et cacher ce grand secret – le fait que je sortais en cachette, la nuit, pour retrouver un homme à l'angle des églises. Seigneur. Si cela s'était su, quelle réputation sulfureuse j'aurais eue... Sans la moindre raison valable, d'ailleurs. Cet homme était spécial. Il m'intriguait au plus haut point. Et, si je devais vraiment être honnête, oui, il m'intéressait plus que tous les nobliaux que j'avais eu l'honneur de rencontrer.

« Hamish... Je vais devoir m'en aller. Et... Cela va vous paraître très déplacé – mais sachez que je n'ai aucune pensée indécente, vraiment. Accepteriez-vous de... Me revoir ? S'il vous plaît. »

Une légère rougeur colorait mes pommettes. J'espérais juste qu'il n'allait pas s'en apercevoir.










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MessageSujet: Re: La Seconde Valse. [Strathearn - Hodge] [Fini] Jeu 4 Sep - 1:51


La Seconde Valse de Shostakovitch.







Un silence aussi froid que les terres des tombes frappa notre conversation. Rien de plus n'avait à être dit. Bien que mes paroles n'étaient pas un adieu, mais bien une parole sincère, je hocha la tête avec compréhension. Il fallait à nouveau nous dire au revoir pour un moment encore arraché au temps comme l'on déchire les pattes d'une araignée. Une sombre mélancolie se lova dans mon coeur. L'aube ne tarderait pas à poindre ses lames. Ses rosées seront comme des larmes sur les herbes, tandis que d'un mouvement nonchalant, je marcherai loin dans la direction opposée à elle. Bien à contre-coeur cela dit. Mais il ne fallait que cela pour la protéger. Lorsque le jour frappe ses rayons et que les lances des gardes viennent me chatouiller le dos, je me sens parfois égoïste de devoir risquer la vie des gens, dans l'unique but de les voir, de leur parler. De partager avec eux un peu de cette vie qui m'était interdite. Car dans cette sombre machination politique, je n'étais qu'un personnage. Rien d'autre qu'une carte que l'on cachait dans sa manche en attendant d'être jouer.

Je lève la tête vers la lune, alors qu'elle cotoie l'horizon avec un aplomb des plus arrogants. Mon regard se fait des plus suppliants envers elle. Pourquoi s'acharne-t-elle donc à poursuivre sa danse éternelle? Comme j'aimerai à cette seconde ressemblait aux machines tant idéalisés par Kathleen. Sans aucune émotion. Car sans toutes les fioritures du coeur humain, je pourrai être parfaitement de glace face à cette inéluctable fin de notre nuit. Froid, possédant comme une horloge au coeur pour ne plus jamais se laisser avoir par les rayons assasins. Oui, cette jeune personne avait la vérité au bout des lèvres. Sans émotions, nous serions beaucoup plus efficaces. Tellement moins influençable. La souffrance n'est pas un luxe que l'on peut se payer quand on cherche à aller de l'avant. L'amour non plus. L'un amenant l'autre, la boucle se termine et au final, je ne pouvais que hocher la tête face aux paroles sages de mon interlocutrice. Mais nous aurons tout notre temps pour converser de toute cela plus tard. Car toujours était-il que cet adieu ne pouvait en être un. Je me le refusais. Il me fallait la revoir, qu'importe les risques que je me serai engagé à prendre. En si peu de temps, cette jeune femme à la conversation si originale avait pris une place dans mon coeur, aussi incompréhensible pouvait-elle être. Kathleen tourna alors son regard vers moi, et je me plais à m'y perdre avec l'air aussi neutre que je pus tenir. Malgré toute la force qu'elle dégageait quand elle parlait de sa passion, je ne pouvais m'empêcher de percevoir une faiblesse dans ses gestes, dans ses paroles. Tout son être qui se voulait glacée envers le monde et les gens. Cette armure face à cet univers qui n'était pas prêt pour son génie. A ses paroles, j'esquissa un sourire. Mes yeux se mirent à pétiller, je n'aurai pu en demander plus.

Vous revoir serait le plus grand honneur de ma vie, Kathleen.

Je pris l'une des mains de la jeune femme. Celle qui traînait, presque crispée, sur le banc. Sa peau était d'une grande douceur, bien que l'on pouvait y percevoir une certaine rugueur: symbole de ses travaux nocturnes, sans aucun doute. L'approchant de mes lèvres, je ne quitta pas une seule seconde le regard pervenche de la demoiselle. Mon coeur battait une danse que je ne comprenais pas, les mesures étaient irrégulières et m'assénaient comme des coups de hachoirs dans les tempes. Tout mon être ne désirait qu'une seule chose: que jamais la nuit ne se finisse. Je déposa alors un baise-main délicat sur sa peau blanche et relâcha cette main qui ne demandait certainement que cela. Un pincement dans mon thorax me saisit alors que je dus me lever. L'aube ne tarderait plus à présent, et comme elle l'avait si bien dit: nous devions y aller.

Dites quand et j'y serai. Toujours ici je présume.


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MessageSujet: Re: La Seconde Valse. [Strathearn - Hodge] [Fini] Mar 21 Oct - 21:29


La Seconde Valse







Un léger sourire se peignit sur les lèvres de la jeune fille alors que son interlocuteur effleurait la peau blanche non loin de son poignet en un baisemain délicat. Elle ne fit rien pour que sa paume s'attarde dans celle du jeune homme – mais ne fit rien non plus pour rompre prématurément le contact. La nuit s'avançait, inlassablement. Ils allaient devoir se séparer, une fois encore. A cette idée, un léger froid intérieur envahit la poitrine de Kathleen, lui arrachant un léger frisson qu'elle tâcha de réprimer en l'attribuant à la fraîcheur nocturne qui annonçait déjà la brume épaisse, ce fameux fog londonien qui envahirait sans doute les rues dès le petit matin. Ils allaient donc, une fois encore, prendre des chemins séparés, sans savoir où menait celui que suivrait l'autre. Mais ils se reverraient. Et cela aider à garder un sourire accroché sur le visage de la demoiselle qui se prenait vaguement pour un médecin. Ils se reverraient.

« Dans... Deux semaines ? Si cela vous agrée. »

Si elle avait fait le choix d'écouter purement et simplement sa volonté, Kathleen aurait placé le rendez-vous plus tôt, assurément. Mais, pour elle comme pour lui – surtout pour lui, ces escapades nocturnes n'allaient pas sans comporter quelques risques, et une certaine discrétion s'imposait. Discrétion qui impliquait un certain délai. Mais le prix de cette attente était tout à fait valable, n'est-ce pas ?

Après s'être assurée de la réponse de son vis-à-vis, la jeune fille s'inclina en une légère révérence d'allure bien plus masculine que celle qui aurait convenu à une jeune personne de son sexe et de son rang ; puis elle pivota simplement sur ses talons et se fondit dans la nuit en tournant à l'angle de l'église. Plus loin, tandis qu'elle longeait les limites du quartier mal fréquenté de Whitechapel, elle frémit intérieurement sous le regard insistant de deux hommes de carrure impressionnante, et se félicita plus que jamais d'avoir les airs d'une jeune garçon. Si elle le pouvait, elle préférait rentrer chez elle vivante. Et entière. Et ne pas finir ses jours au cœur d'un bordel.










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MessageSujet: Re: La Seconde Valse. [Strathearn - Hodge] [Fini]

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